L’actrice et réalisatrice italienne Asia Argento, âgée de 39 ans (troisième à partir de la droite), entourée des acteurs de son film « L’incomprise ». Benoît Tessier/Reuters
Après avoir décrit dans son premier film une douloureuse relation fils/mère à travers le prisme de l'adolescence, le jeune Montréalais Xavier Dolan offre à la figure maternelle une superbe absolution dans son cinquième long-métrage, Mommy, un drame familial bouleversant qui a fait chavirer Cannes.
J'ai tué ma mère, qui avait décroché trois prix à la Quinzaine des réalisateurs en 2009, abordait déjà le thème du rapport fils/mère. Mais avec Mommy, « ce n'est pas la même histoire », a assuré le cinéaste âgé de 25 ans, benjamin de la compétition officielle cette année. « J'ai tué ma mère était mon film le plus personnel, c'est ma vie, mon histoire. Mommy, non. J'ai tué ma mère, c'est une crise d'adolescence. Ici on parle de gens qui s'aiment profondément, mais dont l'amour est mis à l'épreuve par la vie elle-même, par la maladie et par le système qui les ostracise. »
Le film dont je suis le plus fier
On retrouve dans Mommy la « patte » de Xavier Dolan : un film émouvant et très coloré, au plus près de ses personnages, une mise en scène et une lumière très maîtrisées, des plans parfois tournés au ralenti, accompagnés d'une bande-son très présente – Dido, Oasis, Céline Dion, Counting Crows – à la manière d'un vidéoclip. Nouveauté : le tournage en format 1 :1, qui place sur l'écran le film dans un carré parfait. Ce format façon Instagram « met le personnage au centre du regard du spectateur, les distractions horizontales sont coupées », fait valoir le réalisateur.
« C'est le film dont je suis le plus fier », confie le prodige québécois, qui concourt pour la première fois pour la Palme d'or et qui nourrit à ce titre « tous les espoirs ». Le réalisateur, également scénariste, monteur et acteur, confirme vouloir prendre une pause après ce film. « Je n'ai plus d'énergie. Je ne suis pas juste crevé de la nuit dernière, mais des cinq ans que je viens de passer à faire des films. Je retourne à l'université pour étudier l'histoire de l'art et suivre des études germaniques », explique-t-il. Malgré tout, il confesse avoir déjà écrit le scénario d'un nouveau film, en anglais cette fois, intitulé La vie et la mort de John Donovan.
Ken Loach, spécialiste des fables sociales
Pour sa part, à bientôt 78 ans, le cinéaste britannique Ken Loach revient sur la Croisette avec Jimmy's Hall et un héros comme il les aime, charismatique chantre de la liberté et de l'égalité sociale confronté à l'Irlande ultracatholique du début du siècle dernier. Le spécialiste des fables sociales a planté ses caméras dans l'Irlande rurale de 1932, dix ans après la guerre d'indépendance contre Londres qui lui avait inspiré Le vent se lève, Palme d'or 2006.
Le scénariste Paul Laverty a recréé « très librement » un épisode de la vie de Jimmy Gralton, « le seul Irlandais à avoir été expulsé de son propre pays sans procès ». Et cela sans l'aide des documents officiels qui ont « mystérieusement disparu... Ils ont fait tout ce qu'ils ont pu pour effacer son histoire », dit Ken Loach. Quelques coupures de journaux et des témoignages de la famille ont donc servi de trame à Paul Laverty pour redonner vie à ce champion de la liberté d'expression et de la joie de vivre, confronté à la toute-puissance de l'Église et des grands propriétaires.
Ce film, dit Ken Loach, est un hommage à tous ceux qui aujourd'hui « mettent leur vie en danger », citant Chelsea Manning, ancien militaire américain transgenre ayant transmis des documents secrets à WikiLeaks, ou « ces femmes faisant face à un terrible destin parce qu'elles veulent recevoir une éducation », comme les lycéennes enlevées au Nigeria. Ken Loach avait annoncé qu'il s'agissait sûrement de son dernier film. Il n'en est plus si sûr : « Je vais d'abord regarder le Mondial et on verra ce que l'automne apporte. »
La Croisette décrypte le dernier Godard
Mercredi soir, Cannes a tenté de décrypter le dernier opus de Jean-Luc Godard, Adieu au langage, une œuvre inclassable, en 3D, patchwork frénétique de scénettes et citations philosophiques qui en met plein les rétines.
Les applaudissements respectueux ont éclaté dans la plus grande salle du Palais des festivals, bondée, à l'issue d'un film « qui va prendre le temps de faire son impact », a prévenu l'un des acteurs, Kamel Abdelli. À 83 ans, la légende de la Nouvelle Vague est vénérée à Cannes, lui qui avait, avec d'autres, demandé la fermeture du festival pendant la révolution de 1968. Le maître, qui n'a jamais obtenu de récompense à Cannes, n'avait cette fois-ci pas fait le voyage et le festival a été privé d'une de ses légendaires conférences de presse. « Je ne fais plus depuis longtemps partie de la distribution... Je suis d'autres pistes », explique-t-il dans une vidéo postée mercredi sur le site officiel du festival. Jean-Luc Godard y signale au passage que ce film est son « meilleur ».
« Imbitable purge », « méditation merveilleuse », « chaotique, excentrique, exaspérant et fou », « le rêve opiacé d'un chien dyslexique »... Les premières réactions des critiques sur Twitter étaient partagées.
« L'incomprise », ou l'enfance ballottée
Être enfant n'est pas facile sur la Croisette. Vingt-quatre heures après les aventures d'un gamin tchétchène aux prises avec la guerre, c'est l'enfance incomprise que l'actrice et réalisatrice italienne Asia Argento décrit dans son nouveau film sensible et drôle. Projeté hier dans la section Un certain regard, L'incomprise est le quatrième film d'Asia Argento.
« Non ce n'est pas un film autobiographique. C'est un film personnel, mais en aucun cas thérapeutique », souligne la réalisatrice âgée de 39 ans, ancienne enfant actrice pour son père, le cinéaste Dario Argento. « Qui dans son enfance n'a pas eu ce sentiment d'être incompris aux yeux des autres, à commencer par ses propres parents ? » ajoute Asia Argento, selon laquelle « chacun peut s'identifier à (son) héroïne ». Le titre du film renvoie à un classique du cinéma italien, L'incompris de Luigi Commencini (1967), qu'Asia Argento a découvert enfant et qui l'a « longtemps obsédé ». Et également à quelque chose des Quatre cents coups de Truffaut, dit-elle aussi.
(Source : AFP)

