Le général Khalifa Haftar lors d’une conférence de presse à Abyar. Esam Omran al-Fetori/Files/Reuters
Un général dissident libyen a rallié de nouveaux soutiens à son offensive contre les milices islamistes qui ont promis d'y faire face, faisant craindre une guerre ouverte dans le pays en proie à l'anarchie.
Accusé par les autorités de « tentative de coup d'État », le général à la retraite Khalifa Haftar a lancé vendredi une offensive contre les groupes radicaux à Benghazi qu'il accuse de « terrorisme », et les combats ont fait des dizaines de morts. L'offensive a été suspendue le temps de réorganiser les troupes selon lui. Le dissident affirme qu'il ne souhaite pas conquérir le pouvoir, mais ne fait que répondre « à la demande de la population de combattre le terrorisme », alors que les attaques islamistes se sont multipliées à Benghazi. Il a reçu l'appui des Forces spéciales, une unité d'élite de l'armée régulière, des officiers de la base aérienne de Tobrouk et de la puissante tribu de l'est libyen, al-Baraassa. Des brigades de la police et de l'armée, en particulier dans l'est du pays, ont également annoncé leur ralliement, à coup de communiqués.
Face à eux, le groupe jihadiste Ansar Asharia, basé à Benghazi et classé organisation « terroriste » par les États-Unis, a averti qu'il riposterait à toute attaque du général Haftar. « La confrontation est désormais inévitable pour défendre notre ville et notre terre », a-t-il dit dans un communiqué. D'autres milices islamistes loyales au CGN, comme la Cellule des opérations des révolutionnaires de Libye, ont aussi déclaré leur hostilité à Haftar, dénonçant « un coup d'État ».
Selon des ex-rebelles, ces différentes milices qui obéissent à leurs propres intérêts – qu'ils soient d'ordre idéologique, régional ou tribal – ont mobilisé leurs troupes et tentent de nouer des alliances, faisant craindre une escalade qui risque de plonger le pays dans la guerre civile.
Mais les puissants groupes armés de Misrata, farouches rivaux des Zentanis, ont indiqué hier dans un communiqué qu'ils prenaient leurs distances par rapport aux protagonistes de la crise, tout en appelant au dialogue. La diplomatie américaine a également pris ses distances hier avec l'offensive Haftari, appelant toutes les parties à trouver une issue pacifique à la crise.
Racine de la crise
Face à la situation chaotique en Libye où les autorités n'ont pas réussi à rétablir l'ordre trois ans après la chute du régime de Mouammar Kadhafi, la Commission électorale a fixé au 25 juin la date de l'élection d'un nouveau Parlement pour remplacer le Congrès général national (CGN) considéré par plusieurs observateurs comme une des racines de la crise libyenne.
La présidence CGN, la plus haute instance politique, a convoqué une réunion hier. La séance a toutefois démarré avec plusieurs heures de retard, faute de quorum. Puis, une roquette RPG a explosé à proximité de l'hôtel où se réunissait le Congrès, sans faire de dégâts ni de victimes, selon des témoins.
Le CGN se réunissait en effet dans un luxueux hôtel de la capitale après que son siège a été la cible d'une attaque dimanche menée par les puissantes milices de la région de Zenten, considérées comme le bras armé du courant libéral et qui réclament la dissolution du CGN. Le Congrès, contesté pour avoir décidé de prolonger jusqu'en décembre 2014 son mandat arrivé à expiration en février, n'a pas réagi à une initiative du gouvernement qui, pour sortir de la crise, avait proposé la veille une « mise en congé du Congrès. » Trente-six députés ont néanmoins annoncé dans un communiqué qu'ils appuyaient cette initiative.
Par ailleurs, le Congrès a reporté hier un vote de confiance au gouvernement présenté par le Premier ministre libyen Ahmad Miitig, qui a réclamé plus de temps pour pouvoir présenter un gouvernement d'union nationale, a-t-on appris auprès de la députée Souad Ganour. Une nouvelle session est prévue dimanche, a-t-elle ajouté.
(Source : AFP)

