Il fut un temps où, à intervalles réguliers, les apprentis cassandres prédisaient la fin imminente du conflit, en faveur de l'un ou l'autre des deux camps. Aux vieux briscards, cela rappelait « le dernier quart d'heure » d'un certain Robert Lacoste, alors proconsul de la République, au plus fort de la guerre d'Algérie. Aux moins jeunes, la prophétie charriait des relents de la tristement célèbre apostrophe de 14-18 : « On les aura ! » Tout aussi périodiquement, il se trouvait un général (américain le plus souvent) pour asséner aux politiques des sentences à l'emporte-pièce, du style : « C'est parti pour dix ans », sans prendre la peine de révéler, après consultation de sa boule de cristal, le nom du vainqueur.
C'est cette dernière prédiction qu'il convient, hélas, de retenir dans le cas de la Syrie. À preuve le yo-yo militaire auquel l'on a droit depuis trois ans. À peine un gain sur le terrain est-il signalé qu'y répond ici ou là une conquête de l'adversaire, comme si, penchée sur le métier, une invisible Pénélope s'acharnait à recommencer ce qu'elle venait de défaire. Et que dire de cette mauvaise plaisanterie, à laquelle pourtant on continue de se laisser prendre : la livraison aux combattants de l'opposition d'armes antiaériennes, sans cesse annoncée et jamais concrétisée, sous les prétextes les plus divers, les plus fallacieux aussi ?
La diplomatie s'en mêle – quitte parfois à se prendre les pieds dans le tapis –, qui prétend jouer à rechercher une formule susceptible de marier la carpe et le lapin. Nous avons eu droit ainsi à des Genève 1 et 2, à un émissaire spécial des Nations unies, à des rencontres Obama-Poutine, à d'innombrables retrouvailles Kerry-Lavrov ou encore à des sous-sommets plus élargis sans autre résultat que le brassage d'un impressionnant volume d'air. Ce qui rappelle une réflexion d'un homme qui s'y connaissait, lui, Otto von Bismarck : « La diplomatie sans les armes, c'est la musique sans les instruments. »
Reconnaissons au président américain le mérite insigne d'avoir su, un temps, brandir le bâton sans l'accompagner de la carotte. Encore fallait-il ne pas traîner une désolante réputation de velléitaire. Et surtout ne pas reculer au dernier moment devant l'obstacle après avoir essuyé la rebuffade britannique. L'histoire retiendra cette image de l'homme le plus puissant du monde faisant machine arrière, abrité derrière le Congrès, après avoir pris la décision de lancer des frappes aériennes contre Bachar el-Assad, accusé d'avoir recouru aux armes chimiques.
On peut comprendre que, forcés de choisir entre la peste et le choléra, les maîtres du monde optent pour la procrastination. Surtout quand il leur faut penser à l'étape suivante qui verra le retour dans leur pays des rescapés de l'aventure jihadiste. Les estimations sur le nombre de ces fanatiques de la guerre sainte en situe le nombre entre 5 000 et 10 000, dont 2 000 Européens, quelques douzaines d'Américains et près de cent Australiens. Dans le lot, il faut compter d'anciens « Afghans » mais aussi nombre d'exaltés tentés par l'aventure, qui rentreront un jour dans leur foyer, aguerris et, pour certains à tout le moins, désireux de poursuivre à domicile l'expérience vécue en Syrie. Leurs compagnons d'armes peuvent bien se moquer d'eux, tourner en dérision leur côté candide, se gausser de leur amateurisme, ces « jihadistes du dimanche » n'en demeurent pas moins source d'inquiétude pour les services de sécurité des nations concernées, sachant, explique un spécialiste de la question, que la surveillance d'un suspect nécessite la mobilisation de trente policiers.
Plutôt que d'appeler sous les armes tous les adultes en âge de se battre, contre eux et afin d'éviter qu'ils s'égaillent dans la nature l'Amérique, la Russie et leurs alliés ont préféré se prémunir contre le nouveau danger en clouant sur place les forcenés du kalachnikov et des bombes artisanales. Et quelle meilleure façon qu'une prolongation ad vitam de la guerre, tant il est vrai que l'ennemi ces jours-ci, ce n'est pas un régime exsangue, mais ceux qui le combattent et qui rapatrieront un jour, en même temps que leur barda, de dangereuses idées ?
Les militaires, les vrais, et non pas les galonnés de salon, vous le diront : tout l'art de la guerre consiste à cerner l'autre pour, à défaut de l'abattre, neutraliser ses pernicieux effets à domicile. Pour cela il y a soit l'abcès de fixation, soit le palliatif qui permet de maintenir le danger tourné vers un objectif déterminé. Qui est, dans le cas présent, la Syrie.
Cynique ? Oui, mais ô combien efficace, même si nombreux sont les dommages collatéraux. Pour les autres, dont le Liban.
Moyen Orient et Monde - Le Point
Les mauvais choix (pour les autres)
OLJ / Par Christian Merville, le 03 avril 2014 à 00h00


Suite à mon commentaire . Le combat se fait donc sur le terrain par ceux qui l'occupent même si les décisions sont prises dans les salles glauques du sionisme mondial . Et ma foi sur le terrain , après 3 ans de complot , les choses prennent une direction autre que celle programmée. Et pour finir , en général les bénéficiaires d'une situation nouvelle ne profitera qu'à ceux qui se sont vraiment mouillés , pas ceux qui auront été aux ordres , ils seront les 1ers sacrifiés , obama n'est pas un lâche , il exécute à la lettre ce que les circonstances du terrain lui ordonne de faire . C'est tout .
12 h 41, le 03 avril 2014