La Crimée a reçu hier la visite du Premier ministre russe Dmitri Medvedev, premier dirigeant de haut rang à se rendre dans ce territoire depuis son rattachement. Alexander Astafyev / RIA-Novosti / Pool / AFP
La Russie a donné hier de premiers signes d'un retrait de ses troupes massées près de la frontière de l'Ukraine, suscitant des espoirs de détente malgré l'échec de pourparlers russo-américains à Paris.
Le 15e bataillon d'infanterie motorisée du district militaire du centre a terminé ses manœuvres dans la zone de Kadamovski, près de la frontière de l'Ukraine, et va retourner dans la région de Samara, plus à l'est, où il est basé, a annoncé le ministère de la Défense.
Un bataillon est constitué d'ordinaire de moins d'un millier d'hommes, et aucun chiffre n'a été cité, mais cette annonce pourrait confirmer celle des militaires ukrainiens, quelques heures plus tôt. Ceux-ci avaient estimé que les forces russes se retiraient « progressivement » de la zone frontalière.
Les États-Unis ont déclaré hier qu'ils accueilleraient favorablement le retrait des troupes russes à la frontière ukrainienne, sans toutefois confirmer des annonces en ce sens formulées par Kiev et Moscou. « Si les informations qui font état d'un retrait des troupes russes de la région frontalière (avec l'Ukraine) s'avèrent justes, cela constituerait une première étape bienvenue », a déclaré la porte-parole du département d'État américain, Jennifer Psaki.
La présence de ces soldats – 20 000 selon Washington – a fait craindre une invasion de la partie orientale de l'Ukraine, en grande partie russophone, et une répétition du scénario qui a conduit à la perte de la Crimée, au Sud. Une des hypothèses données à Kiev pour ce retrait a été un signe de détente donné malgré l'échec des pourparlers la veille à Paris entre les ministres des Affaires étrangères russe, Sergueï Lavrov, et américain, John Kerry. Après quatre heures de discussions, les deux ministres n'ont cependant pu que constater leurs divergences et convenu de continuer à dialoguer.
Solution diplomatique
Le ministre russe des Affaires étrangères a poursuivi ses consultations diplomatiques hier avec son homologue français Laurent Fabius qui, selon le Quai d'Orsay, a souligné « l'urgence d'une solution diplomatique ». Le ministre français a ensuite rejoint Berlin pour y retrouver ses homologues allemand Frank-Walter Steinmeier et polonais Radoslaw Sikorski. Réunis au sein de l'organisation dite du « Triangle de Weimar », les trois ministres ont appelé hier la Russie à « s'abstenir de toute nouvelle escalade » dans le dossier ukrainien. « Nous plaidons avec force en faveur d'un dialogue sensé entre l'Ukraine et la Russie, qui constitue une étape essentielle » afin d'apaiser la situation, soulignent les trois ministres qui se retrouvaient pour la première fois depuis leur mission de médiation à Kiev, le 21 février.
Dans l'intervalle, Vladimir Poutine avait appelé la chancelière allemande Angela Merkel pour insister sur la nécessité d'une réforme constitutionnelle « qui garantisse les intérêts légitimes des habitants de toutes les régions d'Ukraine », a indiqué le Kremlin, qui insiste pour imposer au nouveau pouvoir proeuropéen à Kiev l'adoption du fédéralisme pour défendre les régions russophones de l'est du pays. Un vice-ministre russe des Affaires étrangères, Grigori Karassine, a posé clairement le problème en estimant en substance que la Russie ne reconnaîtrait pas la légitimité de l'élection présidentielle du 25 mai en Ukraine si cette réforme constitutionnelle n'était pas mise en œuvre. Mais dimanche à Paris, M. Kerry avait opposé une fin de non-recevoir, en l'absence de représentant de Kiev, à l'idée présentée par Moscou d'une solution fédérale pour l'Ukraine. « Pas de décisions sur l'Ukraine sans l'Ukraine », avait-il tranché.
Visa russe
À Kiev, le président par intérim Olexandre Tourtchinov a aussi balayé toute idée de fédéralisme. « MM. Lavrov, Poutine et Medvedev peuvent proposer ce qu'ils veulent pour la Fédération de Russie et pour résoudre ses problèmes, mais pas les problèmes de l'Ukraine », a-t-il tranché.
Dimanche, le ministère ukrainien des Affaires étrangères avait déjà accusé Moscou de vouloir diviser encore plus le pays déjà amputé de facto de la Crimée. La péninsule de la mer Noire, passée en moins de trois semaines du statut de république autonome ukrainienne à celui de sujet de la Fédération de Russie, a reçu la visite du Premier ministre Dmitri Medvedev. Premier dirigeant de haut rang à se rendre dans ce territoire depuis son rattachement, il a dirigé une réunion consacrée au « développement socio-économique de la Crimée et de la ville de Sébastopol », avec les autorités locales. Après le rattachement de la péninsule à la Russie, « pas un seul habitant de Crimée ne doit perdre quoi que ce soit, chacun doit y gagner », a-t-il déclaré.
Dans ce contexte, le ministère russe des Affaires étrangères a annoncé hier que les ressortissants étrangers souhaitant visiter la Crimée doivent désormais obtenir un visa russe dans l'une des missions diplomatiques et consulaires de la Russie.
Face à cette nouvelle décision, le favori des sondages pour la présidentielle du 25 mai en Ukraine, le milliardaire Petro Porochenko, a reconnu que l'Ukraine avait peu de chances de retrouver la Crimée à court terme. L'ancien ministre de 48 ans, qui a soutenu le mouvement de contestation contre M. Ianoukovitch, fait partie des 46 candidats qui se sont déclarés auprès de la commission électorale, de même que l'ex-Premier ministre Ioulia Timochenko, sortie de détention le jour de la destitution de Viktor Ianoukovitch.
Le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, a de son côté suscité une controverse en comparant hier le rattachement de la Crimée à la Russie à l'annexion des Sudètes par Adolf Hitler, selon des médias, avant de nier plus tard. Le ministère des Finances a publié un communiqué pour affirmer que M. Schäuble avait « clairement refusé de comparer d'une quelconque façon la Russie au Troisième Reich ».
(Source : AFP)


Un Petit pas en avant, mais deux bons gros pas en Arrièèère !
11 h 38, le 02 avril 2014