La Russie a fêté hier le rattachement définitif de la Crimée. Shamil Zhumatov/Reuters
Les dirigeants européens ont apporté hier un soutien fort à l'Ukraine en signant le volet politique d'un accord d'association. Cela n'a pas empêché la Russie de mener à bien le rattachement de la Crimée, finalisé hier avec sa ratification à l'unanimité par la Chambre haute du Parlement russe, tandis que le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon appelait hier au respect de « l'intégrité territoriale ».
L'Ukraine s'est ainsi un peu plus éloignée de son puissant voisin lorsque son Premier ministre Arseni Iatseniouk a signé le volet politique de l'accord d'association avec l'UE, avec les 28 chefs d'État et de gouvernement réunis à Bruxelles. L'accord réduit à néant les espoirs de Moscou d'attirer l'Ukraine dans l'Union douanière des ex-républiques soviétiques qu'elle tente de construire. L'UE et l'Ukraine étaient convenues de signer cet accord en novembre, mais le président ukrainien de l'époque Viktor Ianoukovitch avait fait volte-face sous la pression de Moscou, déclenchant la crise qui a conduit à sa chute puis au rattachement de la Crimée à la Russie.
À l'issue de la signature, M. Iatseniouk a appelé l'UE à prendre de « réelles » sanctions économiques contre la Russie, car c'est le « meilleur moyen de (la) contenir ». Les 28 ont cependant décidé de ne pas franchir, pour l'instant, cette étape, en raison notamment des conséquences économiques pour les Européens eux-mêmes. Mais l'UE veut se projeter à plus long terme en élaborant pour le mois de juin un plan d'action destiné à « accélérer » la « réduction de la dépendance énergétique, particulièrement à l'égard de la Russie », a déclaré Herman Van Rompuy, le président du Conseil européen. Plusieurs pays, notamment en Europe de l'Est, dépendent en effet à 100 % du gaz russe. M. Iatseniouk a reproché à la Russie d'avoir « ''nationalisé'' des dizaines d'installations appartenant à l'État ukrainien » en Crimée. « Il ne s'agit pas de milliards mais de centaines de milliards de dollars », selon lui.
33 noms sur la liste de l'UE
Estimant que la situation ne montrait aucun signe de « désescalade », les États-Unis puis l'UE ont parallèlement durci jeudi et hier les sanctions visant des responsables russes ou ukrainiens prorusses. Washington avait déjà frappé haut en ciblant de proches collaborateurs du président Vladimir Poutine, dont Sergueï Ivanov, son chef de cabinet. Ils ont ajouté hier 20 personnes à leur liste des onze dont les avoirs étaient déjà gelés.
Bruxelles a emboîté le pas en décidant l'ajout de 12 Russes et Ukrainiens prorusses à leur liste, portant à 33 le nombre de personnes ciblées. Les nouveaux sanctionnés sont des responsables « haut placés » comme le vice-Premier ministre Dmitri Rogozine, et les présidents des Chambres haute et basse du Parlement russe. « Toutes ces sanctions ne valent pas un seul grain de sable de la terre de Crimée qui est retournée à la Russie », a réagi M. Rogozine.
La Russie n'a toutefois pas annoncé de mesures de rétorsion hier à la décision européenne alors qu'elle avait immédiatement sanctionné jeudi trois conseillers du président Barack Obama et des parlementaires, dont le sénateur conservateur John McCain. Pour le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, les tentatives d'isoler la Russie sont « une voie sans issue ». M. Lavrov a déclaré que les États-Unis, en appliquant des sanctions, n'étaient pas « guidés par le bon sens mais par la volonté de punir ». Le ministre russe des Affaires étrangères a aussi commenté la signature hier du volet politique de l'accord d'association entre l'Ukraine et l'Union européenne : « Je pense que ce n'est pas une mesure dictée par les intérêts de l'économie ukrainienne, du peuple ukrainien dans sa totalité mais une tentative de gagner des points dans le jeu géopolitique. »
Tournée d'Obama
Sur le plan diplomatique, la Maison-Blanche a affirmé hier que la tournée du président Barack Obama la semaine prochaine en Europe montrerait que la Russie est « de plus en plus isolée ». « Ce qui sera évident pour le monde entier est que la Russie est de plus en plus isolée et que la communauté internationale, États-Unis en tête, soutient les Ukrainiens et leur gouvernement, et est déterminée à imposer des coûts à la Russie » pour avoir mis la main sur la Crimée, a affirmé la conseillère de Sécurité nationale de M. Obama, Susan Rice. Pour elle, ce qui s'est passé en Ukraine « constitue évidemment une rupture très grave (vis-à-vis de ces attentes) et elle conduit les pays d'Europe, la communauté internationale et de toute évidence les États-Unis à réévaluer » leur approche.
Dans ce contexte, les 57 pays membres de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) ont annoncé hier soir l'envoi d'une mission d'observation en Ukraine, la Russie ayant accepté de lever ses objections. Une centaine d'observateurs civils composeront l'équipe appelée à se déployer dans l'ensemble du pays, à l'exception de la Crimée sécessionniste. Andreï Kelin, le représentant russe à l'OSCE, a salué après l'accord « une décision très importante ». « Nous pensons fortement qu'il pourrait s'agir du premier pas important vers la baisse de la tension dans cette région », a-t-il déclaré à quelques journalistes.
Par ailleurs, la police ukrainienne a interpellé hier le patron de la compagnie énergétique nationale Naftogaz, Evguen Bakouline, dans le cadre d'une vaste affaire de corruption impliquant des hauts responsables au pouvoir sous le président déchu Viktor Ianoukovitch, a annoncé le ministre de l'Intérieur.
(Source : AFP)


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17 h 51, le 23 mars 2014