Il faut croire que le message du 7 octobre dernier n'était pas passé. À 4 heures du matin ce jour-là, le Premier ministre, Ali Zeidan, était enlevé par une centaine d'éléments relevant de la « Chambre d'opération révolutionnaire », une police parallèle comme il y en a tant dans le pays. Le groupe réagissait au kidnapping en pleine rue par une force spéciale US d'un responsable d'el-Qaëda, Abou Anas el-Liby. Quelques heures plus tard, le chef du gouvernement retrouvait sa liberté et son siège, une suite dans le luxueux hôtel Corinthia.
Hier, l'opération anti-Zeidan a pris un aspect plus conventionnel. Alliés à de nombreux francs-tireurs issus d'une mouvance proche (Frères musulmans et Wafa), les islamistes ont fait tomber le cabinet, plongeant ainsi le pays dans une grave crise politique qui devrait logiquement déboucher sur la guerre civile. Il est évident que vingt-sept mois après la chute de Mouammar Kadhafi, les Libyens ne semblent pas particulièrement soucieux de renoncer à leurs querelles. Ce qui reste de l'armée est incapable d'arbitrer les conflits entre les trois grandes régions : la Tripolitaine (Ouest), la Cyrénaïque (Est), le Fezzan (Sud) qui se disputent le contrôle des puits de pétrole. Si l'on ajoute à cela le fait que le pouvoir officiel ne contrôle que 20 des 400 arsenaux et que près de 3 000 missiles se sont évaporés dans la nature, qu'il existe enfin des dizaines de partis politiques dotés chacun de sa milice ainsi que des centaines d'organisations paramilitaires, on comprendra que la Libye est mûre pour, au pire, une longue guerre intestine, au mieux un démembrement qui desservirait tout le monde.
Le coup de force opéré hier par les islamistes aura permis de neutraliser, provisoirement à tout le moins, les chefs de guerre à la gâchette facile mais incapables de s'entendre sur une formule susceptible de faire l'unanimité. Il y a ainsi le Bouclier de Libye de Noury Abou-Sahmeyn, un des ténors du Congrès général national, le Comité suprême de sécurité de Hachem Bichar, les unités relevant du régime et soutenues financièrement par les inévitables Qataris. Cela sans compter les Zentanis, farouches guerriers descendus des montagnes de Nafoussa pour libérer la capitale où ils ont finalement préféré établir leur camp. Depuis, ils continuent de contrôler l'aéroport, qui se trouve à proximité de l'ambassade américaine, après avoir établi dans la zone un semblant d'ordre que pourraient leur envier les autres régions.
Tout cela, on le comprend, ne saurait servir la cause des nationalistes, qui continuent à rêver à une patrie unie sous un même drapeau et une même Loi fondamentale inspirée de la Constitution de 1951. Depuis hier, la donne a changé et ce sont les islamistes qui détiennent la majorité des cartes grâce à leur alliance toute neuve avec le Parti pour la justice et la construction (encore une émanation des Ikhwane de Bachir al-Kopti) dont le chef est Salah el-Mesmari. Un accord éphémère, dit-on à Tripoli où on ne porte pas dans son cœur ces « étrangers », une allusion à leur lointaine parenté avec les frères égyptiens.
Les tombeurs de Zeidan se sont donné deux semaines pour mettre sur pied une nouvelle équipe qui pourrait diriger le pays. Pari risqué au vu du désordre ambiant (délicat euphémisme) et des risques de dérapage. Même les parlementaires indépendants, une petite poignée d'hommes dépassés par les événements, en conviennent : trouver une personnalité capable de diriger un nouveau gouvernement relève de la gageure tant paraissent gigantesques les défis qui se poseront à lui. Il y a quelques semaines, l'appel à la formation d'une force militaire pour « libérer » les trois ports pétroliers de l'Est contrôlés par des rebelles autonomistes est tombé dans l'oreille des sourds des milices régulières, des fédéralistes de la Cyrénaïque et des forces radicales.
En l'absence de toute velléité d'intervention de l'extérieur, arabe ou occidentale, de toute possibilité d'accord entre les parties présentes sur la scène, et faute d'un élément fédérateur qui s'appelait avant-hier Idriss Senoussi et hier Mouammar Kadhafi (ne souriez pas), il est malaisé de prévoir une issue qui satisfasse tout le monde ou à tout le moins qui permette de limiter les dégâts. Celui-ci par exemple, entre quelques autres : les milliers de lance-missiles sol-air portatifs sortis de Libye auraient fini au Tchad, au Mali, en Centrafrique, en Tunisie et au Liban, selon un rapport établi par un panel d'experts indépendants et que l'ONU a publié avant-hier mardi.
Toujours cette satanée théorie du battement des ailes d'un papillon ! Et pas un chasseur de lépidoptères à l'horizon...


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef
Tragique analyse d'une intervention irresponsable d'un intellectuel de pacotille qui remet ca en Ukraine et que la "communaute international" regarde beatement faire .Son nom est bernard henri levy ...le mal nomme...
15 h 32, le 13 mars 2014