Le premier numéro daté du 21 avril 1938.
Un costume rouge à bande noire, une tignasse rouquine, un écureuil du nom de Spip à ses trousses, Spirou est indiscutablement le groom le plus célèbre du monde. En 2013, il fêtait son 75e anniversaire. À l'occasion du Mois de la francophonie, l'ambassade de Belgique au Liban, en collaboration avec Solidere, présente une exposition produite par Wallonie-Bruxelles internationale, réalisée avec la collaboration du Centre belge de la bande dessinée. Elle donne à voir, à la galerie 169 à Saifi Village, une trentaine d'affiches représentant des couvertures du Journal de Spirou, depuis sa création en 1938.
Dès l'entrée, à gauche, l'œil se pose sur la version originelle de Spirou, dessiné en 1938 par Rob-Vel. Daté du 21 avril de cette année-là, le «numéro un» contenait 16 pages dont 8 en couleurs et était vendu à 0.85 centimes belges. Spirou y apparaît dans son costume rouge, mais avec des traits juvéniles et un... gros cigare à la bouche. Une affiche attenante raconte la naissance de Spirou, montrant monsieur Papillon cherchant un groom «jeune, gai, présentant bien, actif, débrouillard...» l'appelant à se présenter au Moustic Hotel.
Les premières années succès passent et Joseph Gillain, dit Jijé, reprend brièvement le personnage en 1940, puis définitivement à partir de 1943, lui adjoignant par la suite un équipier loufoque, Fantasio, afin de contrebalancer le sérieux du personnage. La série Spirou et Fantasio est née.
Se suivent alors allègrement les numéros, avec un spécial vacances (Pédalos et pieds dans l'eau) daté de juin 2010 par-ci et un autre par-là, marquant la rentrée (En route pour l'école, un an ferme !) avec le petit Spirou, en septembre 2011. Une couverture qui annonce, en 1998, que «Spirou ne sera plus jamais Spirou» reste incomprise et c'est là que le spectateur regrette fortement l'absence de légendes explicatives...
Tiens, voilà le Marsupilami sur l'illustration du 14 novembre 1957, sous les pinceaux de Franquin. L'animal fera son grand retour avec Spirou et Fantasio après le rachat de Marsu Production par les Éditions Dupuis. Le légendaire dessinateur belge assurera le destin du groom entre 1947 et 1969, mais lui a toujours préféré son propre héros, Gaston Lagaffe. Mais c'est bien Gaston qui fait une «une» renversante ici, en 1959.
En 1970, le dessinateur Jean-Claude Fournier succède à Franquin. Le 32e album de Spirou et Fantasio paraît en 1984 et marque la dernière contribution du tandem Nic et Cauvin. Le duo Tome & Janry lui succède, apportant un style plus iconoclaste mais aussi plébiscité par une nouvelle génération de lecteurs.
Morvan et Munuera reprennent le héros en main dès 2004 et lui donnent un petit côté manga, désorientant les fidèles du groom.
Le duo Yoann et Vehlmann assure depuis 2008 les aventures de Spirou avec un style classique plus proche de Franquin, sortant récemment l'album 53.
Voilà donc une exposition qui vise à mettre en valeur l'évolution graphique de Spirou, le personnage qui donne son nom au magazine. Mais elle souligne également l'importance de ce magazine devenu tremplin pour les quelque 300 héros de bande dessinée nés dans ses pages et dont le destin a nourri l'imaginaire de plusieurs générations depuis trois quarts de siècle. Enfin, l'exposition permet également de « lire » l'évolution de la société à travers l'évolution thématique et graphique du plus ancien magazine européen destiné à la jeunesse.
Selon les propos de Frédéric Niffle, le rédacteur en chef du magazine : « Spirou est un personnage qui a traversé les modes et qui témoigne chaque fois de son époque. C'est un personnage qu'on peut incarner. Autant Tintin est un personnage figé, auquel on ne peut pas toucher, autant Spirou est un personnage généreux, ouvert, qui a été repris par de nombreux auteurs. Spirou n'est pas prêt de disparaître dans les archives d'un musée ! »
Le champion de la belle humeur
Il convient de souligner ici que Spirou est la création d'un éditeur, qui l'a pensé, étudié, conçu. Dans les cahiers de Jean Dupuis, on a retrouvé un texte qui présentait le portrait psychologique du personnage, tel qu'il l'imaginait. « Jean Dupuis était un entrepreneur fascinant qui a lancé de nombreux journaux qui ont marqué leur temps: Bonnes Soirées, Le Moustique... En 1937, devenu grand-père, il s'indigne de la pauvreté de l'offre des magazines pour enfants en Belgique et décide de faire un journal pour ce public-là. Avec ce journal, il veut poser un acte humaniste, il a à cœur l'aspect moral de la chrétienté. Dupuis a un côté boy-scout, sans être édifiant.
Donc, et c'est une de nos premières découvertes, la véritable histoire est que Rob-Vel a hérité d'un travail de commande et suivi la feuille de route de Jean Dupuis. Il faut se rendre compte que Spirou est l'âme de la maison Dupuis, c'est la clé de voûte de l'histoire », écrivent Christelle et Bertrand Pissavy-Yvernault, auteurs de L'histoire de Spirou.
Jean Dupuis annonçait d'ailleurs à la création de Spirou que « le nom typiquement wallon de notre nouvel hebdomadaire reflète bien l'esprit du journal. C'est un enfant espiègle, primesautier, en bonne santé, farceur à l'occasion, mais qui a bon cœur: c'est un modèle, le champion de la belle humeur!»
Le groom du Moustic Hotel, avec son écureuil râleur Spip et son compère Fantasio ont su résister au temps.
« Spirou, ze big magazine of ze best living groom ! »
Jusqu'au dimanche 16 mars, de 12h à 19h.
Pour mémoire
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Dès l'entrée, à gauche, l'œil se pose sur la version originelle de Spirou, dessiné en 1938 par Rob-Vel. Daté du 21 avril de cette année-là, le «numéro un» contenait 16 pages dont 8 en couleurs et était vendu à...

