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Moyen Orient et Monde - Syrie

À Homs, le premier « geste humanitaire » du régime

À Alep, le Front islamique et al-Nosra appellent à la mobilisation générale ; les bombardements aux barils se poursuivent.

À Alep, les rebelles ripostent comme ils peuvent aux barils d’explosifs du régime. Saad Abo Brahim / Reuters

Le régime syrien et l'ONU ont conclu un accord prévoyant la sortie « imminente » de centaines de civils des quartiers rebelles de Homs assiégés depuis plus de 600 jours par l'armée, ainsi que l'entrée d'une aide humanitaire vitale pour les habitants pris au piège. Considérée comme « la capitale de la révolution » contre le régime de Bachar el-Assad, la ville centrale de Homs a fait l'objet d'un accord entre le gouverneur Talal Barazi et le coordinateur résident de l'ONU Yaacoub Helou, « garantissant la sortie imminente des civils innocents de la vieille ville (...) et l'entrée d'aides humanitaires pour les civils qui ont choisi de rester », selon l'agence officielle SANA. L'ONU a confirmé cette « pause humanitaire » qui « va permettre de fournir une aide vitale à quelque 2 500 civils ».
Aucune indication n'a été donnée sur la date d'entrée en vigueur de cet accord, qui serait le premier geste humanitaire du régime depuis la fin du premier round de négociations fin janvier à Genève sous l'égide du médiateur international Lakhdar Brahimi. M. Brahimi avait alors annoncé avoir obtenu du régime la promesse de laisser sortir les civils assiégés, mais les belligérants s'étaient ensuite accusés de bloquer ce processus.

 

Derrière les barreaux
Alors que le conflit en Syrie s'apprête à entrer dans sa 4e année, les violences, qui ont déjà fait plus de 136 000 morts, ne montrent aucun signe de répit. À Alep, après de multiples tentatives, les brigades rebelles d'Ahrar al-Cham et du Front al-Nosra lié à el-Qaëda ont pris un temps « le contrôle de 80 % de la prison centrale et libéré des centaines de prisonniers », avant que le régime ne reprenne l'offensive et en récupère une partie, a déclaré le directeur de l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), Rami Abdel Rahmane. Selon lui, « au moins 20 soldats et 10 rebelles ont été tués », tandis que les combats se poursuivent entre soldats et rebelles dans la prison, la deuxième du pays, où sont détenus près de 3 000 personnes – des islamistes, militants et mineurs. En revanche, la télévision d'État a affirmé que « l'armée avait mis en échec une tentative des groupes terroristes d'attaquer la prison », niant toute perte.
Toujours à Alep, le régime poursuivait ses raids aériens aux barils d'explosifs sur les quartiers rebelles. Depuis samedi, 257 personnes, en majorité des civils dont 76 enfants, y ont péri, a indiqué l'ONG. Michel Kilo, un membre de la Coalition nationale syrienne (CNS), a déclaré dans une interview sur la chaîne al-Arabiya qu'il était nécessaire d'entamer des pourparlers avec le régime s'il continuait à s'acharner à coups de barils d'explosifs sur les civils.
Pendant ce temps, dans les environs de Damas, le Front révolutionnaire syrien a rapporté une forte explosion à l'aéroport militaire.

 

Le régime marque des points
Alors que l'armée syrienne appuyée par le Hezbollah a marqué des points ces derniers mois en s'emparant de bastions rebelles notamment à l'est d'Alep, le Front islamique et le Front al-Nosra ont appelé « tous les combattants rebelles » à se « mobiliser » et demandé aux résidents dans les « zones occupées » par le régime de s'éloigner des bases et des points de contrôle gouvernementaux qui seront des cibles. Le régime contrôle le littoral de l'ouest du pays, la capitale Damas, malgré des combats à sa périphérie, et a récemment progressé dans l'Est, qui continue néanmoins en grande partie de lui échapper. Outre l'Est, les rebelles contrôlent le Nord mais y affrontent des jihadistes de l'État islamique en Irak et au Levant (EIIL), qu'ils accusent d'exactions. Le secrétaire d'État américain John Kerry, un allié de l'opposition, a reconnu que le régime marquait des points mais qu'il « ne gagne toujours pas. C'est une impasse ».
Le sort des nouvelles négociations entre régime et opposition prévues le 10 février à Genève reste, lui, inconnu. Interrogée à la télévision syrienne, la conseillère de M. Assad, Bouthaina Chaabane, a affirmé que la décision de participer aux prochaines discussions à Genève n'avait « pas encore été prise en attendant les directives du président ».

 

Le rapport inédit
Concernant la destruction de l'arsenal chimique syrien, menée en vertu d'un accord parrainé par la Russie et les États-Unis, le Conseil de sécurité de l'ONU a adressé hier un avertissement sans frais au régime lui demandant, sur fonds de prise de bec entre Moscou et Londres, d'accélérer le transport hors de Syrie de ses armes chimiques. Rejetant en partie les explications avancées par Damas, le Conseil rappelle que selon l'ONU, le gouvernement syrien a désormais le matériel et l'aide internationale nécessaires pour accélérer le mouvement et respecter la date limite du 30 juin pour l'élimination totale de cet arsenal. La coordinatrice de l'opération, Sigrid Kaag, a évoqué un retard qui n'est « pas insurmontable ». Le ministre grec des Affaires étrangères Evangelos Venizelos a déclaré pour sa part que cette opération syrienne en mer ne devrait pas mettre en danger l'écosystème de la Méditerranée.


Sur un autre plan, un rapport inédit de l'ONU sur les enfants syriens accuse le régime et l'opposition armée d'avoir commis contre eux de graves abus depuis le début du conflit. Ce rapport, le premier sur la question soumis au Conseil de sécurité, détaille une série d'exactions, dont des tortures et des viols dans les centres de détention de l'armée, l'utilisation d'enfants comme boucliers humains ou le recrutement d'adolescents par l'Armée syrienne libre et des groupes armés kurdes. Dans ce rapport, le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, presse « toutes les parties du conflit à prendre sans tarder toutes les mesures pour protéger et faire respecter les droits de tous les enfants en Syrie ».

 

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