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Agenda - Jean Kyrillos

Hommage à Nada Abouzeid Serra

Samedi dernier, à l'occasion du quarantième jour de ton décès, il a fallu presque une heure pour le défilé des condoléances et l'église s'est révélée trop petite pour le nombre de participants. Tu as gardé beaucoup d'amis dans ton pays natal. D'autres étaient venus pour ta mère, ou ton frère, ou ta tante et tes cousins. Si tu avais été moins modeste, ma Nada, une basilique n'aurait pu contenir le nombre de tes admirateurs.
Combien sont-ils ceux qui savent qu'avec toi, disparaissait l'un des plus beaux joyaux du barreau parisien et que le Liban perdait du même coup l'un de ses cerveaux les plus brillants ?
Ce que tu représentais d'abord, c'était le sens même de la justice dont tu étais l'incarnation.
Dans son très intéressant livre curieusement intitulé Les chênes qu'on abat... où André Malraux rapporte ses conversations à Colombey-Les-Deux-Églises avec le général de Gaulle, il relate la recherche de la vérité et des voies du bonheur effectuée par un jeune Français auprès d'un grand sage indien. À ce disciple qui s'étonne du silence total du maître sur tout ce qui concerne la justice, le gourou répond que le sens de la justice ne constitue pas un élément du bonheur commun à tous les hommes, car c'est l'un des sentiments les moins partagés. Il ne compte que pour ceux que l'injustice révolte.
Pour toi, ma Nada, rien n'aura été plus essentiel. Rien ne te passionnait autant que la justice. Rien ne te hérissait autant que l'injustice. Tu étais toujours disponible pour tous les combats contre l'iniquité partout où sa figure hideuse t'apparaissait. La place manque ici pour citer toutes tes batailles pour les grandes causes politiques ou sociales. Et comme tu avais autant d'esprit que de cœur, tes adversaires ne sortaient jamais indemnes de tes coups de griffe.
Tes qualités de battante et ton talent juridique hors pair viennent de te faire gagner un retentissant procès contre une grande banque française où l'enjeu était de plusieurs centaines de millions d'euros. Mais la férocité du destin a voulu que l'arrêt de la cour d'appel proclamant ta victoire dans cette affaire qui t'importait n'ait été prononcé qu'une dizaine de jours après ton départ !
Pourquoi toi ? Pourquoi maintenant ? Comme aurait dit Brel, qui a ajouté (ailleurs) : « Moi si j'étais le Bon Dieu, je crois que je ne serais pas fier ! »
Comment ne pas le penser, Nada, alors que tu n'étais qu'abnégation, don de soi et grandeur d'âme, et que tu t'en vas à 47 ans, arrachée par ce mal horrible à tous tes proches et à tes deux jeunes enfants qui avaient encore tant besoin de toi ?
Dors en paix maintenant dans ce cimetière de Montparnasse, dans cette allée Thierry qui porte le prénom même de ton mari bien-aimé, dans ce caveau attenant à un mur de l'immeuble n° 1 bis du Boulevard Edgar Quinet, là même où logeait ton père Émile quand il est venu préparer son doctorat en droit à Paris en 1951! Curieuses « coïncidences » ! « Nous appelons coïncidences ce que l'état actuel de nos connaissances ne nous permet pas de désigner autrement. » (Jean Cocteau).
Coïncidence, hasard ou providence, ou tout autre chose, cela permet aux tiens de penser, à titre de piètre consolation, que tu as rejoint ton papa chéri « dans la paix du Seigneur ».
Mais c'était bien trop tôt !

Jean KYRILLOS

Samedi dernier, à l'occasion du quarantième jour de ton décès, il a fallu presque une heure pour le défilé des condoléances et l'église s'est révélée trop petite pour le nombre de participants. Tu as gardé beaucoup d'amis dans ton pays natal. D'autres étaient venus pour ta mère, ou ton frère, ou ta tante et tes cousins. Si tu avais été moins modeste, ma Nada, une basilique n'aurait pu contenir le nombre de tes admirateurs.Combien sont-ils ceux qui savent qu'avec toi, disparaissait l'un des plus beaux joyaux du barreau parisien et que le Liban perdait du même coup l'un de ses cerveaux les plus brillants ?Ce que tu représentais d'abord, c'était le sens même de la justice dont tu étais l'incarnation.Dans son très intéressant livre curieusement intitulé Les chênes qu'on abat... où André Malraux rapporte ses...