Dans les rues de désertes de Bor, envahies de détritus divers et par l’odeur de putréfaction des corps, une femme récupère ses maigres biens dont les pillards n’ont pas voulu. Carl de Souza/AFP
Une odeur de corps en putréfaction et des détritus épars dont des vagues successives de pillards n'ont pas voulu : voilà tout ce qui reste de Bor, ville poussiéreuse qui a changé quatre fois de main au cours du conflit au Soudan du Sud.
Dans les ruines de Bor, où des centaines de civils ont été tués, parfois d'un coup de feu dans le dos alors qu'ils tentaient d'échapper, règne un inquiétant silence. Les corps des habitants sont restés là où ils sont tombés, sur d'étroits chemins ou chez eux, recroquevillés sous leur lit. Une partie des cadavres ont été entassés dans des tombes vides. D'autres gisent toujours dans les rues. Le linceul en plastique blanc – désormais couvert d'une épaisse couche de poussière jaune –, qui couvre certains d'entre eux, les dissimule à la vue mais ne parvient pas retenir l'odeur fétide qu'ils dégagent après plusieurs jours ou semaines d'exposition dans une chaleur écrasante. Les piétons passent vite, retenant leur souffle.
Le maire, Nhial Majak Nhial, est en colère. « Mon plus gros problème n'est pas la reconstruction de la ville, ou son nettoyage, c'est de faire en sorte » que les rebelles qui ont violé et massacré femmes, enfants et ceux qui étaient trop vieux pour fuir soient « tenus pour responsables » de leurs actes, explique-t-il. Selon lui, il est encore trop tôt pour que les habitants se réinstallent en ville. Des dizaines de milliers de personnes ont fui Bor et les villages environnants, affrontant les crocodiles du Nil Blanc et les tirs de snipers situés sur ses rives, prêts à tout pour fuir les combats. Des centaines se sont noyés. Ceux qui ont réussi à gagner l'autre rive campent désormais sous les arbres dans le comté d'Awerial où certains ont reçu une aide d'agences humanitaires. La plupart de ceux qui sont restés sont morts.
De l'autre côté de la ville se dresse l'église épiscopale St Andrews, où quarante personnes ont été massacrées. Un immeuble adjacent, incendié, s'est partiellement effondré.
(Source : AFP)

