Des Ukrainiens pro-UE ont manifesté hier à Kiev. Sergei Supinsky/AFP
Les chefs de l'opposition ukrainienne ont réclamé hier une médiation internationale et une aide financière de l'Occident, devant plus de 60 000 manifestants à Kiev, au lendemain de leur rencontre avec les représentants des pays occidentaux.
Vitali Klitschko et Arseni Iatseniouk ont indiqué avoir abordé ces questions samedi avec les chefs de la diplomatie américaine, allemande et française, à Munich, où ils avaient été conviés en marge d'une conférence internationale. Une médiation internationale doit permettre d'éviter les « interprétations divergentes » dans les négociations avec le pouvoir du président Viktor Ianoukovitch, a fait valoir l'ancien boxeur Vitali Klitschko. Les leaders de l'opposition ont par ailleurs affirmé avoir obtenu l'assurance des Occidentaux qu'une aide financière serait le cas échéant accordée au pays, qui est au bord de la cessation de paiement.
L'Ukraine, en très mauvaise posture financière, s'était privée de l'aide européenne en renonçant soudainement fin novembre à un accord d'association avec l'UE, le président Ianoukovitch recevant en échange de Moscou 15 milliards de dollars de crédits assortis d'une baisse conséquente du prix du gaz russe. Mais le président russe, Vladimir Poutine, a fait planer un doute la semaine dernière sur le maintien de ces accords si l'opposition venait au pouvoir. Arseni Iatseniouk n'a pas apporté de précisions sur la forme que pourrait prendre cette assistance, que l'opposition ukrainienne réclame pour la première fois.
Au moment où les leaders de l'opposition s'adressaient à la foule sous un soleil éclatant, la présidence a annoncé que le chef de l'État, qui s'était mis en « arrêt maladie » au milieu de la semaine dernière, allait reprendre son travail aujourd'hui.
Un autre membre de l'opposition, l'ancien ministre de l'Intérieur Iouri Loutsenko, a dénoncé une « nouvelle tentative de colonisation » de la part de la Russie. « En fait c'est la main de fer de Poutine qui tient Ianoukovitch par les couilles », a-t-il asséné à la foule, réunie au milieu du village de tentes hétéroclites qui couvre la place de l'Indépendance – le Maïdan – et s'étend sur le grand boulevard Krechtchatik.
En outre, un blogueur et journaliste russe qui relatait la contestation en Ukraine a affirmé avoir été enlevé avec son cameraman à Kiev et passé à tabac par des inconnus parlant le russe, dans un message mis en ligne sur son blog. « On nous a battus et on nous a recommandé de revenir en Russie », a écrit le journaliste, Nikita Perfilev, sans préciser la date des faits, mais en joignant des images du visage de son cameraman, portant des traces de coups violents. Plusieurs cas, dont un mortel, d'enlèvements et de passages à tabac, voire de torture, de journalistes et de militants d'opposition, ont suscité l'indignation en Ukraine et en Occident. L'un d'eux, Dmytro Boulatov, a raconté vendredi avoir été enlevé le 22 janvier et torturé pendant une semaine. M. Boulatov, que la justice avait assigné à résidence pour « organisation de troubles massifs », a été autorisé à se rendre à l'étranger pour recevoir des soins médicaux, a indiqué hier le parquet de Kiev.
Aucune solution ne semble actuellement en vue en Ukraine, où le bras de fer risque de se prolonger. Les manifestations pro-européennes se sont transformées en une vaste contestation du système présidentiel de Viktor Ianoukovitch, dont les occupants de la place de l'Indépendance exigent la démission. Samedi, la rivalité russo-européenne était revenue au premier plan, les chefs de la diplomatie américaine, allemande et française apportant leur soutien aux opposants ukrainiens, tandis que leur homologue russe continuait de dénoncer des ingérences.
(Source : AFP)

