« Il n’y a pas de retour possible à l’ère Moubarak »

Ansar Beit al-Maqdess, le groupe jihadiste qui menace la stabilité du pays

OLJ
03/02/2014

Le groupe jihadiste Ansar Beit al-Maqdess, qui multiplie les attaques contre les forces de l'ordre, est devenu une menace pour la stabilité de l'Égypte en proie à la violence depuis que l'armée a destitué le président islamiste Mohammad Morsi.
En moins de deux semaines, les « Partisans de Jérusalem » ont revendiqué un attentat à la voiture piégée contre le siège de la police au Caire, l'assassinat d'un général de la police en plein jour dans la capitale, et affirmé avoir abattu un hélicoptère de l'armée dans le Sinaï, la péninsule où le groupe a ses bases arrière. « La vengeance arrive », a prévenu Ansar Beït al-Maqdess s'adressant au ministre de l'Intérieur, Mohammad Ibrahim, et au maréchal Abdel Fattah Sissi, chef de l'armée et nouvel homme fort du pays.
Face à ces attaques, « les autorités ont l'air de poursuivre des fantômes », estime David Barnett, chercheur au think-tank américain Foundation for Defense of Democracies, notant que leur « niveau de sophistication dépasse les capacités que les observateurs leur attribuaient ». Ansar Beït al-Maqdess est désormais « le principal groupe qui a le potentiel d'accroître l'instabilité dans le pays », juge-t-il.
Selon les spécialistes, ce groupe s'inspire de l'idéologie d'el-Qaëda, mais, pour le gouvernement égyptien, il est issu des Frères musulmans. Le groupe jihadiste, qui tire régulièrement des roquettes contre Israël depuis le Sinaï, a publié son premier communiqué en mars 2011 dans la foulée du soulèvement populaire qui renversa Hosni Moubarak. La plupart de ses combattants sont issus des tribus du Sinaï, mais d'autres venus de la région du delta du Nil et du Caire les ont rejoints ces derniers mois, selon les experts.
Son organisation et son financement sont « deux énormes inconnues », note M. Barnett, estimant que « ses liens avec el-Qaëda sont, au mieux, ténus ». Dans les vidéos diffusées par Ansar Beït al-Maqdess, des images du chef d'el-Qaëda, l'Égyptien Ayman al-Zawahiri, apparaissent toutefois régulièrement.
« Son objectif premier était d'attaquer Israël et d'empêcher la coopération entre l'Égypte et Israël, notamment en sabotant le gazoduc », explique Matthieu Guidère, spécialiste français des mouvements jihadistes. Samedi encore, le groupe a revendiqué un tir de roquette sur la station balnéaire israélienne d'Eilat. Mais, le 3 juillet 2013, le jour de l'éviction de Morsi, il publiait une nouvelle fatwa déclarant l'armée égyptienne « plus mécréante que l'armée israélienne ». « À partir de là, Ansar Beït al-Maqdess, qui affirmait combattre l'État hébreu, devient un groupe jihadiste dont l'action est concentrée contre les forces de sécurité en Égypte », poursuit M. Guidère.
Pour M. Barnett, les dernières attaques « montrent que le groupe dispose de combattants expérimentés ». Ismaïl Alexandrani, chercheur basé dans le Sinaï, renchérit : « Certains ont combattu en Afghanistan, en Syrie et en Bosnie avant de rejoindre le groupe. » La destitution de Morsi, seul président jamais élu démocratiquement en Égypte, « est venue alimenter leur argumentaire en faveur de la violence plutôt que le processus démocratique », dit encore M. Barnett. « Le gouvernement est tellement engagé dans sa bataille contre les Frères musulmans qu'il semble avoir perdu de vue la vraie bataille qui se déroule sous ses yeux, car un groupe jihadiste capable de mener de telles attaques est un danger réel », conclut-il.

© AFP

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