Le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, le président russe, Vladimir Poutine, et le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, hier lors de leur bref sommet à Bruxelles. John Thys/AFP
Kiev a lâché du lest hier avec la démission du gouvernement et l'abrogation de lois répressives, tentant de trouver une sortie à la crise qui secoue l'Ukraine.
Dans ce qui apparaît comme une nouvelle concession faite à ses adversaires politiques, le président Viktor Ianoukovitch a accepté le départ du Premier ministre Mykola Azarov et par conséquent de l'ensemble des ministres. Le gouvernement actuel, qui sera provisoirement dirigé par le premier vice-Premier ministre Serguiï Arbouzov, continue cependant à gérer les affaires courantes en attendant la formation d'une nouvelle équipe. L'opposition a refusé l'offre de M. Ianoukovitch de confier les rênes du gouvernement à l'un des ténors du mouvement de contestation, Arseni Iatséniouk.
« J'ai pris la décision de demander au président d'accepter ma démission du poste de Premier ministre, pour créer les conditions supplémentaires d'un compromis politique et d'un règlement pacifique du conflit », a ainsi annoncé M. Azarov. « C'est une première étape », mais « ce n'est pas suffisant », a réagi l'opposante emprisonnée Ioulia Timochenko, qui avait en son temps dirigé le gouvernement. Interrogé sur le fait de savoir s'il souhaitait toujours que le chef de l'État quitte le pouvoir, l'ancien boxeur Vitali Klitschko, l'un des leaders de l'opposition, a de son côté répondu : « Réglons les problèmes un à un », même si « la démission de Ianoukovitch serait une mesure logique ».
Dans la rue aussi, la tension est retombée d'un cran, après les heurts de ces derniers jours entre police et manifestants dans la capitale comme dans les régions où le mouvement s'est propagé. Mais les opposants restent mobilisés dans le centre de Kiev malgré des températures ancrées sous les -10 degrés. Hors de la capitale, le siège de l'administration dans près de la moitié des régions reste occupé par les contestataires qui réclament le départ des gouverneurs nommés par le chef de l'État.
Au Parlement, réuni hier en session extraordinaire, les lois du 16 janvier qui réprimaient presque toute forme de manifestation ont été abrogées. Elles avaient été fermement dénoncées par les Occidentaux et avaient entraîné la radicalisation du mouvement de contestation. Cette législation prévoyait de lourdes peines de prison ainsi que des amendes ou une détention administrative. Elle prévoyait également des travaux d'intérêt général. L'abrogation des lois a été votée par 361 députés pour et deux contre. Les débats ont ensuite été ajournés à aujourd'hui. Les élus discuteront d'une éventuelle amnistie des manifestants interpellés. Une minute de silence avait été observée en début de séance à la mémoire des personnes tuées à Kiev dans les récentes violences.
Poutine et l'UE
Par ailleurs, à l'issue d'un bref sommet à Bruxelles avec l'Union européenne (UE), le président russe Vladimir Poutine a assuré que si l'opposition ukrainienne arrivait au pouvoir, la Russie ne réviserait pas ses accords avec Kiev, en particulier sur un prêt de 15 milliards de dollars déjà promis et sur les prix des produits énergétiques qu'elle lui vend.
« Je pense que le peuple ukrainien est capable de régler ses problèmes par ses propres moyens (...), la Russie ne s'ingérera jamais dans cette crise », a en outre déclaré M. Poutine, avant d'inviter les gouvernements de l'UE à faire de même. Une condamnation implicite de la visite de 48 heures que Catherine Ashton, la chef de la diplomatie de l'UE, devait entamer dans la nuit à Kiev, où elle rencontrera à la fois M. Ianoukovitch et les dirigeants de l'opposition. Si les Ukrainiens « ont besoin d'intermédiaires, c'est à eux de le dire, mais plus il y a d'intermédiaires plus il y a de problèmes », a encore dit M. Poutine.
Le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, et le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, ont tenté de convaincre M. Poutine que l'Union voulait sortir de la logique du « bloc contre bloc » et qu'un éventuel rapprochement de l'Ukraine avec l'Europe bénéficierait in fine à la Russie sur le plan économique. Les deux parties ont décidé de mettre en place des « consultations bilatérales » au niveau d'experts pour étudier les « conséquences économiques » de l'accord d'association avec l'UE qu'avait rejeté le président Ianoukovitch.
M. Van Rompuy a insisté sur le fait que la coopération avec la Russie était « très étendue », évoquant la possibilité de créer une zone de libre échange entre l'UE et l'union douanière pilotée par Moscou. Ce serait un « espace économique commun allant de Lisbonne à Vladivostok », a précisé M. Poutine, en se félicitant de la progression constante des échanges économiques entre son pays et l'UE.
Si ce 32e sommet UE-Russie avait été réduit au minimum, ne durant qu'un après-midi contre un jour et demi ces dernières années, le prochain s'annonce plus consistant le 3 juin à Sotchi, la veille de la tenue du G8. Enfin, à quelques jours de l'ouverture des Jeux olympiques d'hiver de Sotchi placés sous haute sécurité, l'UE et la Russie ont adopté une déclaration commune de lutte contre le terrorisme.
(Source : AFP)

