La situation s'est sérieusement tendue hier dans les régions d'Ukraine, où les occupations des administrations et les manifestations parfois accompagnées de violences se multiplient entre contestataires pro-européens et autorités ayant opté pour un rapprochement avec Moscou. Les sièges des administrations de la plupart des provinces de l'Ouest, nationalistes, davantage tournées vers l'Union européenne et fermement opposées au président, sont depuis plusieurs jours aux mains des manifestants qui réclament le départ des gouverneurs nommés par le chef de l'État. Dans cette partie de l'Ukraine, les assemblées régionales d'Ivano-Frankivsk et de Ternopil ont fait savoir dimanche qu'elles avaient voté en faveur d'une interdiction pure et simple du Parti des Régions de M. Ianoukovitch. L'administration régionale est désormais bloquée dans 14 des 25 provinces par les contestataires. Ceux-ci occupent les bâtiments abritant les bureaux des gouverneurs dans dix villes de cette ancienne république soviétique, souvent à la suite d'affrontements avec les forces antiémeutes, et en font le siège dans quatre autres. Même si ces actions se déroulent essentiellement en Ukraine occidentale, les autres régions, y compris russophones, sont à leur tour touchées. Et il y a eu des manifestations dans presque tous les grands centres régionaux.
À Lviv, où l'administration est occupée depuis jeudi, le gouverneur ne peut plus accéder à son bureau et l'assemblée locale, favorable à l'opposition, est de facto chargée de gérer les affaires de la région. Pendant ce temps à Kiev, quelques milliers de personnes, manifestants et badauds confondus, se sont encore retrouvés place de l'Indépendance, haut lieu de la contestation. Mais la mobilisation a semblé marquer le pas, alors que des dizaines, voire des centaines de milliers de personnes s'étaient regroupées pendant les immenses rassemblements dominicaux des semaines précédentes. « Les gens ont peur, ils sont soumis à des pressions à leur travail » s'ils affichent en public leur profond désaccord avec le pouvoir, a dit Sergueï, évitant de donner son nom de famille. Et à l'heure de mettre sous presse, des manifestants ont pris possession du ministère de la Justice.
Dans l'après-midi, et non loin de là, des milliers de personnes ont assisté à un service funèbre à la cathédrale Saint-Michel en hommage à un manifestant tué, Mikhaïl Jiznevski. Ce jeune homme de nationalité bélarusse a perdu la vie mercredi au cours des scènes de guérilla urbaine qui ont fait au moins trois morts.
Arséni Iatséniouk
Signe de la persistance des tensions, 2 000 manifestants se sont emparés dans la nuit de samedi à dimanche d'un bâtiment tout proche de la place de l'Indépendance, la « Maison de l'Ukraine », en délogeant les membres des forces de sécurité qui s'y trouvaient. L'assaut s'est déroulé peu après les discours des chefs de l'opposition qui ont souligné qu'ils étaient toujours mobilisés malgré les concessions mises sur la table par le président samedi. Viktor Ianoukovitch a proposé le poste de Premier ministre à l'opposant Arséni Iatséniouk et celui de vice-Premier ministre à l'ex-boxeur Vitali Klitschko. Il s'est aussi dit prêt à discuter d'une révision de la Constitution visant à céder une partie de ses pouvoirs au gouvernement.
Les propositions de M. Ianoukovitch sont « empoisonnées », elles visent à « diviser notre mouvement d'opposition », a estimé Vitali Klitschko dans un entretien avec le journal allemand Bild am Sonntag.
Une session extraordinaire du Parlement, consacrée à la situation politique, doit s'ouvrir demain, ce qui met la pression sur les différentes parties pour parvenir avant cette date à un accord. Le même jour, un sommet doit réunir l'UE et la Russie, que les Européens accusent d'avoir usé de son influence en vue de convaincre l'Ukraine de renoncer à un accord d'association avec Bruxelles. Catherine Ashton, la chef de la diplomatie européenne, est, pour sa part, attendue à Kiev jeudi et vendredi.
Le ministre allemand des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier s'est dit « persuadé que les dernières possibilités d'une solution politique ne sont pas épuisées ».
Le chef de la diplomatie française a, quant à lui, eu un entretien téléphonique avec M. Klitschko, l'engageant à poursuivre le dialogue. « La violence et la radicalisation ne peuvent être une réponse aux aspirations du peuple ukrainien », a estimé Laurent Fabius.
(Source : AFP)

