Une Ukrainienne fait face, seule et à genoux, aux forces antiémeute à Kiev. Sergei Supinsky/AFP
Sous la pression de la contestation qui s'étendait à l'ouest de l'Ukraine après les heurts violents de ces derniers jours, le président Viktor Ianoukovitch a annoncé hier soir un train de concessions. M. Ianoukovitch a fait ces annonces après une rencontre à Kiev avec le commissaire européen à l'Élargissement, Stefan Füle. Il a assuré que le gouvernement, dont l'opposition réclame la démission, serait remanié lors d'une session extraordinaire du Parlement convoquée la semaine prochaine. Il a également indiqué qu'il comptait faire libérer tous les manifestants arrêtés et amender les lois controversées adoptées la semaine dernière pour durcir, jusqu'à la prison ferme, les sanctions contre les protestataires. M. Ianoukovitch a cependant assorti ces concessions apparentes d'un avertissement, soulignant que si un accord n'était pas trouvé avec l'opposition, il aurait recours à « tous les moyens légaux ».
Plus tôt dans la journée, M. Ianoukovitch avait nommé au poste-clé de chef de son administration un tenant de la ligne dure, l'actuel secrétaire du Conseil de sécurité nationale Andriï Kliouïev, en remplacement de Serguï Liovotchkine, un modéré qui avait donné sa démission la semaine dernière.
Il y a toutefois peu de chances que les concessions annoncées satisfassent les manifestants, qui occupent le centre de Kiev depuis deux mois et dont le mouvement s'est radicalisé cette semaine après l'adoption des lois controversées. L'annonce dès jeudi par M. Ianoukovitch d'un examen au Parlement la semaine prochaine de certaines exigences n'a eu aucun effet sur les manifestants, qui ont érigé de nouvelles barricades et pris d'assaut dans la nuit un nouveau bâtiment public dans le centre de Kiev, le ministère de l'Agriculture, près de la place de l'Indépendance, l'épicentre de la contestation, hérissée de barricades. Le mouvement s'est étendu à la province, gagnant six régions de l'ouest nationaliste du pays (Lviv, Rivné, Ternopil, Khmelnitski, Tchernivtsi, Ivano-Frankivsk) où les bâtiments de l'administration régionale ont été pris d'assaut et occupés.
Russie-UE : le froid
Sur le plan diplomatique, le Premier ministre polonais a appelé l'UE à empêcher « l'éclatement » de l'Ukraine. Mais les Européens, qui n'ont cessé d'appeler au dialogue, ont durci leur position à l'égard de Kiev : l'Allemagne et la France, notamment, ont convoqué hier les ambassadeurs. Berlin a enjoint Kiev de cesser « les brutalités contre les manifestants pacifiques » ; Paris a dénoncé des violences « inacceptables, inadmissibles ». L'UE a en outre annoncé la visite à Kiev de la représentante de sa diplomatie, Catherine Ashton. Et le secrétaire d'État américain, John Kerry, a apporté son soutien aux manifestants. « Ici en Europe, nous travaillons avec nos partenaires pour presser le gouvernement d'Ukraine à renoncer à la violence, répondre aux préoccupations des manifestants pacifiques, encourager le dialogue et promouvoir la liberté de réunion et d'expression. Nous sommes aux côtés du peuple d'Ukraine », a-t-il lancé hier depuis Davos en Suisse.
D'autre part, alors que les relations entre Russes et Occidentaux sont déjà tendues par la situation en Syrie, la crise ukrainienne a contribué à jeter une ombre sur le sommet Russie-UE prévu pour le 28 janvier à Bruxelles. Le programme de cette rencontre a été écourté à la demande de la partie européenne en raison de cette crise, selon un conseiller du président russe Vladimir Poutine.
(Sources : agences)


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