Un artiste discret et prolifique.
Il a l'air très sérieux, et pourtant, Charif Mégabarbané a un sens de l'humour qui se conjugue bien avec son talent musical prolifique. Il a l'air calme, trop calme, et pourtant il n'arrête pas. Quand il compose, c'est-à-dire tout le temps, même la nuit, le musicien se met à chaque fois dans une ambiance différente pour donner naissance, souvent en solo, plus encore en solitaire, à des albums aux sonorités différentes et toutes intéressantes.
Avant d'être Firahc Enabragem, Charif Mégarbané, libanais d'origine, né en France pour cause de guerre, a grandi au Collège Louise Wegmann où, avec son copain Dominique Salameh, ils ont démarré une amitié et une complicité musicale qui se sont poursuivies à Montréal où les deux compères suivront leur cursus académique. Charif fera des études en Busines à McGill, suivi d'un master en média et communication à Goldsmiths, University of London. Des K7 enregistrées chez lui, avec une maladresse voulue et une improvisation contrôlée, Charif à la guitare et Dominique à la batterie, esquissent la naissance en 2000 de « Heroes and Villains », un groupe rock auquel est venu se joindre Jeremy Proville, bassiste. « À cette époque-là, explique-t-il, c'était mon seul projet musical. Et puis j'ai vite senti qu'à plusieurs, le mouvement était ralenti et que seul le processus créatif m'intéressait. L'enregistrement et puis passer à autre chose... »
Variations
Tout en continuant sa collaboration avec « Heroes and Villains » en tant que compositeur et musicien, il se lance seul dans une nouvelle aventure musicale – il manie tous les instruments –, sous le nom de « Cosmic Analog Ensemble ». Dix albums de musique expérimentale en quatre ans et d'autres encore à venir. « Mon but, confie le one-man-d'un show, qu'il désire discret, ce n'est pas de montrer mon visage, être une bête de scène, mais essayer de recréer tout seul l'idée d'un groupe. » Avec trois mots d'ordre qui lui insufflent au quotidien une extraordinaire énergie : liberté « de se dédoubler musicalement et improviser avec moi-même » ; indépendance ; et... impatience. « Chaque musicien que je suis a sa propre identité », poursuit-il.
Le musicien, pas encore rassasié, ne s'arrête pas là. Avec « Cal-Set Quintet », et sous l'obscur et drôle pseudo Firahc Enabragem, il retrouve Dominique, devenu, forcément, Euquinimod Hemalas, et trois autres musiciens. Il se lance alors dans une sonorité plus jazzy, en hommage aux années passées. « Je voulais encore une fois brouiller les pistes, créer un album en donnant l'impression d'un vinyle des années 70 retrouvé, celui d'un groupe obscur qui aurait joué à Byblos dans ces années-là, au The Rare Groove Saloon en 1974, ou encore au Forgotten Furniture Club à Pondichéry en 1979 ! On s'est réinventé. » « La ligne directrice de tout cela, souligne-t-il, c'est faire l'antithèse de ce qui se fait aujourd'hui, à savoir la promotion au détriment de la création. » Enfin – parce que ce n'est pas fini ! –, avec « Monumental Detail », Firahc revient. Sa voix, sa guitare le plongent dans un format pop et des chansons courtes inspirées des années 60 et 70.
Douze albums en 2013, sous 4 différents labels, et une multitude de sons différents, Charif en signe même les couvertures pour « mener le processus à bout », un défi qu'il a aisément relevé. Actuellement, il vit à Nairobi où, depuis octobre 2010, il y est conseiller en communication rattaché à l'ONU. Il se produit quand l'envie le prend dans des lieux intimes, parfois des bidonvilles, jouant des instruments locaux qu'il se plaît à apprivoiser.
Sur son site Hisstology.bandcamp.com, les internautes peuvent découvrir toute la palette de son talent et télécharger les morceaux gratuitement. « J'ai la chance de ne pas avoir besoin de la musique pour vivre. Tous ces albums, confie-t-il enfin, et avec une grande maturité qui rime avec sérénité, sont des polaroïds de moments de mon existence... Des chapitres qui font partie d'un seul album. Dans 20 ans, je pourrais regarder tout ça avec bonheur. »
Pour le moment, nous le découvrons... avec bonheur.
Avant d'être Firahc Enabragem, Charif Mégarbané, libanais d'origine, né en France pour cause de guerre, a grandi au Collège Louise Wegmann où, avec son copain Dominique Salameh, ils ont démarré une amitié et une complicité musicale qui se sont poursuivies à Montréal où les deux compères suivront leur cursus académique. Charif fera des études en Busines à McGill, suivi...

