Le gouvernement islamo-conservateur turc a conduit hier une nouvelle purge de grande ampleur dans la police, accusée de jouer contre lui dans le scandale de corruption qui l'éclabousse, sur fond de bras de fer continu avec l'institution judiciaire. Trois semaines après le raid anticorruption à l'origine de cette crise politique sans précédent, le nouveau ministre de l'Intérieur Efkan Ala a démis de leurs fonctions pas moins de 350 policiers basés à Ankara, dont les patrons des services en charge de la lutte contre les crimes financiers et le crime organisé. Cette nouvelle charrette de sanctions porte à près de 600, selon le décompte des médias turcs, le nombre de hauts gradés ou de simples officiers des forces de l'ordre brutalement mutés depuis le début du scandale le 17 décembre.
En plus de ce nettoyage en règle de la hiérarchie policière, le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan a également lancé, sanctions à l'appui, une vaste opération de reprise en main de la justice, elle aussi accusée de participer à un « complot » contre lui à trois mois des élections municipales du 30 mars.
L'une des principales institutions judiciaires du pays, le Haut Conseil des juges et procureurs (HSKY), a lancé hier une nouvelle pierre dans le jardin du gouvernement. Après avoir publiquement dénoncé les « pressions » politiques sur les magistrats, cette instance a ouvert une enquête contre le tout nouveau chef de la police d'Istanbul Selami Altinok, soupçonné d'avoir ordonné à ses officiers de ne pas exécuter un mandat d'arrêt visant une trentaine de personnalités proches du pouvoir. Le HSKY a également décidé de se pencher sur les conditions dans lesquelles le procureur à l'origine de cette demande, Muammer Akkas, a été dessaisi du dossier.
Ces derniers jours, M. Erdogan, depuis dimanche en tournée d'une semaine en Asie, a accusé à de multiples reprises la police et la justice de son pays de faire partie d'un « État dans l'État » qui aurait juré sa perte. Même s'il ne l'a jamais nommée, le Premier ministre soupçonne la confrérie du prédicateur musulman Fethullah Gülen, très influente dans ces deux institutions, d'être la principale composante de ce « gang criminel », selon lui. Toujours sur le terrain, les procureurs anticorruption ont ordonné hier un coup de filet dans cinq villes et interpellé 25 personnes dans un autre volet de l'enquête. Elles sont soupçonnées de fraude et de corruption en marge d'appels d'offres passés par la société publique des chemins de fer (TCDD), selon les médias. Plusieurs dizaines d'hommes d'affaires, de patrons, de hauts fonctionnaires et d'élus, dont les fils de deux ex-ministres, ont déjà été inculpés ou incarcérés dans le cadre du scandale, qui a provoqué la démission de trois membres du gouvernement et précipité un large remaniement ministériel.
(Source : AFP)

