Devant la résidence de campagne très protégée du président Ianoukovitch, un manifestant provocateur brandit le drapeau de l’Union européenne. Sergei Supinsky/AFP
Les dirigeants de l'opposition ukrainienne et des milliers de partisans de l'intégration à l'Union européenne ont manifesté hier devant la résidence de campagne très protégée du président Viktor Ianoukovitch, devenue un symbole de la corruption, une première pour le mouvement qui conteste son régime depuis plus d'un mois. Quelque 5 000 opposants brandissant des drapeaux ukrainiens et de l'UE se sont installés sur la place centrale du village de Novi Petrivtsi, à 300 mètres de la résidence Mejiguiria, protégée par des rangées de policiers des forces antiémeutes, des camions et des autobus, a constaté un journaliste de l'AFP. « À bas la bande ! » ont-ils scandé. Juché sur un minibus, le célèbre boxeur Vitali Klitschko, l'un des chefs de l'opposition, a déclaré qu'ils étaient là pour dénoncer « la corruption ». « Le pouvoir ne doit pas penser qu'il peut se cacher derrière les enceintes et ne pas entendre son peuple (...). La prochaine fois, il y aura ici des millions de personnes », a-t-il lancé.
Arseni Iatseniouk, allié de l'opposante emprisonnée Ioulia Timochenko, a une nouvelle fois réclamé la démission du gouvernement du Premier ministre Mykola Azarov, tenu pour responsable de la suspension de la signature d'un accord d'association avec l'Union européenne, au profit de la coopération économique avec la Russie et de la répression contre des manifestants fin novembre. M. Iatseniouk a ajouté que si les exigences de l'opposition n'étaient pas remplies, cette manifestation dominicale devant la résidence de campagne du président, qu'il a ironiquement qualifiée d'« excursion », pourrait se répéter.
« Kiev, lève-toi ! »
La résidence Mejiguiria est devenue un symbole de la corruption du régime à la suite de multiples enquêtes concernant sa « privatisation illégale » rendues publiques ces dernières années dans la presse.
Cette résidence a fait l'objet de plusieurs articles de la journaliste d'opposition Tetiana Tchornovol, victime mercredi d'une sauvage agression condamnée par les Occidentaux et qui a provoqué un tollé en Ukraine. Des milliers de personnes se sont ainsi dirigées, à vélo, à bord de voitures et de minibus, hier matin vers la résidence, située à une quinzaine de kilomètres de Kiev, la capitale. Les manifestants portaient un cercueil et scandaient « Kiev, lève-toi ! » et « Ianoukovitch, cours ! » Des centaines de véhicules ont créé un énorme bouchon à deux kilomètres de la résidence. Les manifestants ont quitté les voitures et ont marché jusqu'aux rangées de policiers.
Quelque 50 000 opposants partisans de l'entrée de leur pays dans l'UE ont également manifesté dans le centre de la capitale pour le sixième dimanche d'affilée. La mobilisation était plus importante qu'il y a une semaine, mais bien moins qu'au plus fort de la contestation, quand les manifestations avaient rassemblé plusieurs centaines de milliers d'opposants dans le centre de Kiev. L'agression de la journaliste Tetiana Tchornovol, 34 ans et mère de deux enfants, a donné un nouveau souffle au mouvement qui réclame le départ du président. Le jeune femme, qui est également en première ligne de la contestation, a été battue par des inconnus qui avaient contraint sa voiture à s'arrêter la nuit dans la banlieue de la capitale. Elle est défigurée, a le nez cassé et souffre d'une commotion cérébrale. Les ambassadeurs des États-Unis, de France, d'Allemagne, de Finlande, de Belgique et du Canada lui ont rendu visite samedi à l'hôpital. Les dirigeants de l'opposition ont dénoncé devant la foule l'« État policier » mis en place par le président ukrainien. « Je ne veux pas de retour au stalinisme, à l'Empire soviétique, pas de ces bandits au pouvoir qui ont fait serment de fidélité à Moscou », a lancé Oleg Tiagnibok, l'un des leaders de l'opposition, faisant allusion à l'aide économique que la Russie avait accordée à l'Ukraine.
(Source : AFP)


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