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Moyen Orient et Monde - communication

Amin Maalouf au second Forum mondial de la démocratie

Pour Amin Maalouf, le printemps arabe « a révélé les potentialités énormes (des réseaux sociaux et médias), mais également leurs limites ». Photo AFP

Les réseaux sociaux, les blogs et les médias en ligne offrent aux citoyens des possibilités sans précédent d'accès direct à la vie publique. Une nouvelle étude, réalisée pour le Conseil de l'Europe et intitulée « Exploiter le Web comme outil de démocratie : nouvelles pistes pour l'étude et la pratique de la démocratie numérique », invite les gouvernements et la société civile à tirer pleinement parti du Web en tant qu'outil de démocratie participative.


Amanda Clarke, de l'Université d'Oxford, y relève un recul de la participation aux élections dans 40 des 49 démocraties du monde entre 2007 et 2013, ainsi qu'une baisse des adhésions aux partis, de la syndicalisation et d'autres formes d'expression démocratique. L'étude indique que l'intérêt que présente Internet pour promouvoir la démocratie a récemment suscité d' « énormes attentes », mais ceux qui s'engagent en ligne sont souvent les mêmes que ceux qui s'engagent hors ligne. Elle souligne aussi les risques que la censure ou la surveillance exercées sur le Web font peser sur la démocratie.

Elle a nourri les débats lors de la 2e édition du Forum mondial de la démocratie, sur le thème « Retisser la démocratie : connecter les institutions avec les citoyens à l'ère du numérique », qui s'est tenu récemment à Strasbourg, la capitale de l'Europe. Il a réuni quelque 1 700 participants – représentants de la société civile, élus, responsables politiques, représentants des médias – de 130 pays pour débattre d'initiatives visant à stimuler l'engagement des citoyens et concevoir de nouveaux modèles de participation démocratique, et a été ouvert par Abdou Diouf, secrétaire général de la francophonie, Amin Maalouf, écrivain et membre de l'Académie française, Irina Yasina, journaliste et activiste russe, ainsi que d'autres personnalités internationales.


Pour Amin Maalouf, « les questions qui sont au cœur de ce forum se posent aujourd'hui d'une manière plus complexe » et, à ses yeux, « plus inquiétante qu'à d'autres moments de l'histoire. Car la démocratie n'est plus seulement confrontée à son ennemi naturel, la dictature, mais aussi à des ennemis insidieux, qui l'affaiblissent peu à peu sans qu'elle éprouve le besoin d'opérer un sursaut ». Pour lui, l'extension du pluralisme politique occidentale vers l'Europe centrale et orientale, il y a un quart de siècle, « demeure, pour nous tous, un acquis majeur ». Mais il constate aussi que « cette avancée spectaculaire a été gérée, sur l'ensemble du continent, d'une manière paresseuse et peu imaginative. (...) Quand les régimes à parti unique sont tombés et que le pluralisme a triomphé, on aurait probablement dû se fixer aussitôt, des deux côtés de l'ancien Mur, de nouvelles priorités : réfléchir au contenu de la démocratie et à son fonctionnement, donner un rôle accru aux citoyens, insuffler un nouvel élan à la vie politique. On ne l'a pas fait ; par certains côtés, on a même régressé ». Il estime également que l'une des causes de cette régression, « c'est cette idée, acceptée aujourd'hui par la plupart des partis de gouvernement et selon laquelle il n'y a, notamment en matière d'économie, qu'une seule politique possible ; que tous les dirigeants responsables sont obligés de la suivre ; qu'elle est dictée par les réalités globales ; et que tout écart significatif serait sanctionné par les marchés, par les agences de notation, comme par les institutions régionales et internationales ».

De ce fait, juge l'auteur, « un fossé s'est creusé, de plus en plus profondément, entre le processus électoral et la prise réelle de décision. Si le vote des citoyens leur permet encore de se prononcer sur la personnalité de leurs dirigeants, il n'affecte que très légèrement les orientations des gouvernements. Même dans un ensemble aussi attaché à la démocratie que l'Union européenne, des décisions capitales, comme l'instauration d'une monnaie commune, sont souvent prises en petit comité et en catimini, les électeurs n'ayant pas d'autre choix que de les entériner. Quand, dans tel ou tel pays, les électeurs désobéissent et votent "non", on leur explique que ce n'est pas la bonne réponse et qu'ils devront voter à nouveau. Ce qui ne contribue pas à responsabiliser les citoyens, ni à renforcer leur foi dans la démocratie ».

Un problème de cohabitation
L'immortel franco-libanais aborde ensuite un autre problème, « de nature différente, mais qui constitue lui aussi une menace grave pour la démocratie » : la cohabitation entre personnes d'origines diverses, qu'il s'agisse de populations locales qui diffèrent par la langue, la religion, le parcours historique, etc. ; ou qu'il s'agisse de populations immigrées. Il exprime sa conviction profonde, née de l'observation du Liban et de la France : « Une diversité habilement gérée est une grande richesse, et une diversité mal gérée est une grande calamité. (...) Ici encore, on aurait besoin d'une réflexion audacieuse et imaginative pour répondre aux questions que le monde contemporain nous pose : comment instaurer une diversité harmonieuse qui permette aux citoyens de toutes origines de cohabiter sereinement, sans que personne ne se sente exclu ni envahi ? Comment respecter l'opinion de la majorité sans empiéter sur les droits légitimes des minorités ? Comment faire de la démocratie un instrument de cohésion et de paix sociale ? »


Après avoir fait remarquer que « notre incapacité collective à gérer la diversité du monde à l'âge de la globalisation est l'une des causes profondes des déchaînements identitaires et de la violence qu'ils suscitent, laquelle représente une menace mortelle pour notre mode de vie comme pour nos valeurs essentielles », il poursuit, résolument plus optimiste, en parlant « des nouvelles technologies, qui permettent à chacun d'entre nous de s'adresser à ses concitoyens, de converser avec ses contemporains, de faire entendre ses opinions en temps réel, et de former des associations pour défendre ses idées et ses droits. (...) , c'est très certainement un progrès réel pour la diffusion du savoir et pour la capacité à s'exprimer sans contraintes. Mais, du point de vue de la démocratie, ce n'est encore qu'un progrès potentiel ».


Pour l'auteur, le printemps arabe « a révélé les potentialités énormes de ces outils, mais également leurs limites. Dans la phase initiale des mouvements, ils ont permis la mobilisation des éléments les plus dynamiques de ces sociétés. Hélas, dès que les premiers objectifs ont été atteints, cette jeunesse courageuse, non violente, moderniste, ouverte sur le monde, s'est retrouvée impuissante, tandis que les acteurs traditionnels, notamment les forces armées et les partis se réclamant de la religion, reprenaient les choses en main ».


Enfin, il expose en quoi ce 2e Forum mondial de la démocratie pouvait selon lui « contribuer significativement au nécessaire sauvetage » de cette dernière : « Dans le monde arabe comme en Europe, comme en Afrique et comme partout ailleurs, les nouveaux outils de communication et d'échange sont indéniablement prometteurs. Mais pour qu'ils tiennent leurs promesses, pour qu'ils soient autre chose qu'un exutoire superficiel, autre chose qu'un instrument d'agitation immédiate, il est important d'imaginer des mécanismes qui permettraient aux citoyens internautes de participer réellement à la réflexion des dirigeants et à la prise de décision. »

 

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Les réseaux sociaux, les blogs et les médias en ligne offrent aux citoyens des possibilités sans précédent d'accès direct à la vie publique. Une nouvelle étude, réalisée pour le Conseil de l'Europe et intitulée « Exploiter le Web comme outil de démocratie : nouvelles pistes pour l'étude et la pratique de la démocratie numérique », invite les gouvernements et la société...

commentaires (1)

En plein progrès..après sa phase tout le monde il est beau,tout le monde il est gentil et y a rien de plus formidable que la "diversité",notre immortel réalise qu'il faut "bien gérer" cette diversité! Sa7 ennom...mais il ne s'agit pas de "gérer",cher M. Maalouf...mais de faire en sorte que les populations de la "diversité"(j'adore le côté supermarché de ce mot) soient assimilées dans les pays d'accueil...et pas l'inverse.Allez,encore un effort... et quelle belle prise de conscience aussi que celle de la confiscation des droits des peuples à décider de leur sort par des mécanismes totalement pervers...depuis le temps qu'on le dit!

GEDEON Christian

02 h 16, le 24 décembre 2013

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Commentaires (1)

  • En plein progrès..après sa phase tout le monde il est beau,tout le monde il est gentil et y a rien de plus formidable que la "diversité",notre immortel réalise qu'il faut "bien gérer" cette diversité! Sa7 ennom...mais il ne s'agit pas de "gérer",cher M. Maalouf...mais de faire en sorte que les populations de la "diversité"(j'adore le côté supermarché de ce mot) soient assimilées dans les pays d'accueil...et pas l'inverse.Allez,encore un effort... et quelle belle prise de conscience aussi que celle de la confiscation des droits des peuples à décider de leur sort par des mécanismes totalement pervers...depuis le temps qu'on le dit!

    GEDEON Christian

    02 h 16, le 24 décembre 2013

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