La statue, la plus grande au monde représentant Nelson Mandela, le montre souriant, les bras largement ouverts, comme pour embrasser tous les Sud-Africains.Alexander Joe/AFP
Après dix jours d'hommages planétaires et de deuil national, la « Journée de la réconciliation », fériée en Afrique du Sud, était encore dédiée hier à Nelson Mandela avec l'inauguration d'une statue colossale au siège de la présidence.
Neuf mètres de haut, 4,5 tonnes de bronze : la statue est présentée comme la plus grande au monde du Nobel de la Paix, qui se tient souriant, les bras largement ouverts sur les pelouses de l'Union Buildings, à Pretoria. De nombreuses statues de Mandela le représentent le poing levé « en train de crier "Amandla" (pouvoir), en référence à la lutte contre l'apartheid », a souligné le président sud-africain Jacob Zuma. « Cette pose est différente : il ouvre les bras pour embrasser tous les Sud-Africains. Et il est en mouvement, il va à la rencontre de la nation », a-t-il ajouté. Il « nous invite à nous unir, nous, la nation arc-en-ciel. » Cette statue « est le dernier clou dans le cercueil de l'apartheid. Il (Mandela) se tient là comme le père de la nation et nous invite à adopter ses valeurs », a renchéri Cyril Ramaphosa, vice-président du Congrès national africain (ANC), le parti de Mandela au pouvoir depuis l'avènement de la démocratie en 1994. « Soyons démocrates comme l'était Nelson Mandela, a-t-il poursuivi alors que l'ANC est régulièrement accusé de ne pas être à la hauteur de son héros. Soyons disciplinés, au service du peuple, honnêtes, attentifs et emplis de compassion comme l'était Nelson Mandela. »
L'inauguration de cette statue colossale était prévue de longue date pour fêter le centième anniversaire de l'Union Buildings, décrété monument national à cette occasion. C'est ici que Nelson Mandela avait prêté serment comme président en 1994, devenant le premier chef d'État noir de l'Afrique du Sud. C'est ici aussi que 100 000 personnes sont venues saluer sa dépouille la semaine dernière.
« L'heure n'est plus aux pleurs »
Hasard du calendrier, l'inauguration a eu lieu au lendemain des funérailles d'État du héros national, inhumé dans le village rural de son enfance, Qunu, à un millier de kilomètres de Johannesburg. Les funérailles ont conclu dix jours de deuil national marqués par une multitude de cérémonies dans le pays et aux quatre coins du monde avec, en point d'orgue, un hommage en présence d'une centaine de dirigeants étrangers mardi à Soweto. Les drapeaux aux couleurs de la nation arc-en-ciel, en berne depuis l'annonce de sa mort le 5 décembre au soir, flottaient à nouveau hier dans tout le pays. « L'heure n'est plus aux pleurs. Nous devons fêter Madiba et faire vivre son héritage, a lancé le président Zuma. Demain, remettons-nous tous au travail pour une meilleure Afrique du Sud. »
Lutte pour la liberté, l'égalité et la paix, mais aussi pour le pardon, et contre les injustices sociales et économiques : les combats de Nelson Mandela ont été multiples. Mais, près de 20 ans après l'avènement de la démocratie multiraciale, si les Noirs ont retrouvé leur liberté, la pauvreté subsiste, surtout chez la majorité noire, et les inégalités se creusent. « Les Noirs vont un peu mieux, mais les Blancs vont beaucoup mieux sur le plan économique », a relevé le militant des droits civiques américain Jesse Jackson présent à l'inauguration de la statue. « C'est dans l'intérêt de tous maintenant d'aller vers plus de justice économique. » Autour de lui, Blancs et Noirs se mêlaient, unis dans leur hommage au père de la nation. Erna Laubscher, une Afrikaner, descendante des premiers colons blancs, souhaitait ainsi « communier avec le reste de la population et fêter la liberté avec eux ». À côté de membres de la famille Mandela, dont l'aîné des petits-fils Mandela, se trouvaient des représentants de la famille de Barry Hertzog, le fondateur du Parti national qui avait institué l'apartheid. Ses descendants ont accepté que sa statue soit remplacée par celle de Mandela.
(Source : AFP)


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