Spectacle

Il est grand, cet Alexandre

Dans le combat Alexa vs Alexandre, c'est ce dernier qui l'emporte haut la main. Avec « Elgha' » (au Tournesol)*, le soldat Paulikevitch prend la défense de la danse orientale, de la femme, de la dignité. Édifiant.

Alexandre Paulikevitch offre son corps comme toile de fond aux projections de ce monde.

Bravant le froid de la tempête Alexa, une foule d'étudiants, d'amateurs de danse et quelques expatriés (ah, l'attrait de la danse orientale !) ont eu la bonne idée (et la chance) d'applaudir Alexandre Paulikevitch dans son nouveau spectacle intitulé Elgha' (Annulation). On a connu le jeune homme dans sa Mouhawala oula (Première tentative) en 2009, peu après son retour de la capitale française où il a entrepris des études en théâtre et en danse à Paris VIII, puis une formation au sein de la compagnie de Leila Haddad. Puis en 2010 dans Tajwal où le danseur chorégraphe explorait sa relation, celle de son corps, à la ville, à ses rues. Avec cette œuvre-là, Alexandre semblait avoir trouvé son chemin, celui des spectacles manifestes. Où il y fait état de ses interrogations quotidiennes, où il pointe du doigt des travers de la société qui l'étonnent, l'exacerbent, le révoltent...
Nul ne sort indemne de ce genre d'expérience théâtrale. Nul ne l'a été avec Elgha'. Une danse provocante, bouillonnante, osée, où Paulikevitch démontre sa propension à susciter les interrogations.
«Dorénavant, je crois que nous ne danserons que dans les appartements privés.» Cette phrase, entendue par Alexandre Paulikevitch en décembre 2012 lors d'un master class de danse au Caire, est à la base de ce spectacle, son moteur, son inspiration.
Sans entrer dans les détails, pour préserver l'effet de surprise, disons que l'œuvre frappe par sa liberté de ton, par sa construction qui débute doucement, comme dans un songe, avec une danse d'ombre derrière un voile. Et après un climax secouant, se termine festive, optimiste, où sur un air « chaabi » de Chaaban Abdel Rahim. Alex fait triompher l'art de cette danse qui ne doit pas s'éteindre, semble-t-il marteler. Et il fait danser cette chose énorme qui descend du plafond, cette touffe de cheveux (cette barbe d'intégriste?) qui menaçait de tout engloutir.
La montée du fondamentalisme, le machisme, la phallocratie, la marchandisation des corps, les rapports sexuels contraints, le viol... les sujets sont bruts et restituent l'image d'une société arabe (notamment égyptienne postrévolution, mais le domino s'écroule) qui s'enlise dans un carcan intégriste effrayant.
Et pourtant, pas un élément de cette danse n'est dénué de grâce et d'intelligence. La musique originale de Jawad Naufal est une merveille. Chaque note, chaque grésillement, chaque son ou arrière-son induit un coup de hanche, une pirouette, un tour de bras ou un coup de tête. Une pièce courageuse et contemporaine, arabe jusqu'au bout de ses pointes de pied.
Voilà donc le manifeste d'un homme qui danse pour exister. Qui danse pour s'affirmer. Qui danse pour militer. Et qui offre son corps comme toile de fond aux projections de ce monde.
Que la danse continue, alors!

*Ce soir 14 et demain dimanche 15 décembre à 20h30 au théâtre Tournesol, rond-point Tayyouneh. Tél. : 01/381290.

Fiche technique

Musique : Jawad Nawfal
Costumes : Krikor Jabotian
Set Design : Amal Saadé
Directeur de plateau : Éric Deniaud
Lumière : Mohammad Ali
Design des affiches : Danielle Kattar
Vidéo : Danielle Davie avec Stephanie Nassar, Sandra Fatté, Ziad Chahoud.


Bravant le froid de la tempête Alexa, une foule d'étudiants, d'amateurs de danse et quelques expatriés (ah, l'attrait de la danse orientale !) ont eu la bonne idée (et la chance) d'applaudir Alexandre Paulikevitch dans son nouveau spectacle intitulé Elgha' (Annulation). On a connu le jeune homme dans sa Mouhawala oula (Première tentative) en 2009, peu après son retour de la capitale...

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