Telle « La Liberté menant le peuple », célèbre tableau représentant la Révolution française, ces manifestants ukrainiens tiennent tête aux policiers venus les déloger de la place de l’Indépendance à Kiev. Les forces de l’ordre ont dû battre en retrait face à la détermination des protestataires.Viktor Drachev/AFP
Les milliers de manifestants pro-européens qui continuent de défier le régime ukrainien malgré un temps glacial ont marqué des points hier en contraignant les forces de l'ordre à refluer du centre de Kiev après des échauffourées, et reçu un appui marqué de la communauté internationale.
Alors que la secrétaire d'État américaine adjointe, Victoria Nuland, et la chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, étaient à Kiev, et qu'une médiation avait été lancée par trois anciens présidents ukrainiens, plusieurs milliers d'hommes des forces antiémeute ont entrepris hier matin de repousser les manifestants qui occupent la place de l'Indépendance depuis plus de deux semaines, et de démanteler les barricades. Les policiers ont cependant été bloqués par l'afflux de milliers de manifestants, et ont dû quitter le centre-ville quelques heures après. Des échauffourées ont fait une trentaine de blessés, et onze manifestants ont été interpellés, selon l'opposition. Les forces de l'ordre ont également tenté en vain de reprendre aux manifestants la mairie de Kiev, dont l'opposition a fait son QG depuis dimanche. Les policiers ont cependant dû repartir là aussi, après avoir été aspergés avec une lance à incendie par moins dix degrés environ, et face à une foule hostile.
« Je condamne l'usage de la force et la violence – qui ne peuvent pas être la réponse aux manifestations pacifiques – et j'appelle à la plus grande retenue », a déclaré Mme Ashton, qui s'était entretenue mardi avec le président Viktor Ianoukovitch. Elle s'est dit « très impressionnée par la nature pacifique et courageuse des manifestations (...) ». La France a également souligné qu'elle « récusait tout usage de la force ». Mme Nuland, qui a rencontré M. Ianoukovitch hier, a indiqué lui avoir « dit clairement que ce qui s'était passé la nuit dernière était absolument inadmissible dans un État démocratique ». L'Ukraine a « toujours une possibilité de sauver son avenir européen » en reprenant des discussions avec l'UE et le Fonds monétaire international, a-t-elle aussi déclaré. Mme Nuland s'est rendue dans la journée sur la place de l'Indépendance.
Aussitôt ces critiques formulées, M. Ianoukovitch a promis de ne pas recourir à la force contre les manifestants pacifiques et a appelé l'opposition au dialogue. « Pour parvenir à un compromis, j'appelle l'opposition à ne pas rejeter (des pourparlers), à ne pas suivre la voie de la confrontation et des ultimatums (...) », a-t-il déclaré. Pour sa part, le chef de l'Église orthodoxe ukrainienne, le patriarche Filaret, a mis en garde contre un risque de guerre civile, et appelé les autorités à la retenue et à signer l'accord d'association avec l'Union européenne.
Parallèlement, le Premier ministre ukrainien Mykola Azarov a affirmé que Kiev était prêt, moyennant une aide de 20 milliards d'euros en investissements, à signer un accord d'association avec l'UE plutôt que de se rapprocher de Moscou. « Nous n'allons pas jouer avec les chiffres. La prospérité de l'Ukraine ne peut pas être l'objet d'un appel d'offres où le mieux disant gagne le prix », a réagi un porte-parole de la Commission européenne.
(Source : AFP)

