140 000 manifestants étaient toujours dans les rues de Bangkok hier malgré l’annonce de la dissolution du Parlement par la Première ministre. Indranil Mukherjee/AFP
La Première ministre thaïlandaise, Yingluck Shinawatra, a annoncé hier à la télévision la dissolution du Parlement « sur la base de consultations avec diverses parties » et des élections afin de « laisser le peuple décider ». Mais l'annonce de ces élections, fixées au 2 février, intervient alors que la crise politique est passée à un autre niveau, après des semaines de dialogue de sourds entre opposition et gouvernement. En effet, ces tentatives de sortir la Thaïlande d'une crise politique profonde n'ont pas réussi à apaiser quelque 140 000 manifestants déterminés à faire tomber son gouvernement.
C'est ainsi que depuis une scène montée près du siège du gouvernement autour duquel se sont rassemblées les dizaines de milliers de personnes, le meneur des manifestants, Suthep Thaugsuban, a rejeté ce scrutin, annonçant la mise en place de ce qui ressemble à un gouvernement parallèle à celui de Yingluck toujours en place. « Nous avons totalement renversé le régime Thaksin aujourd'hui », a-t-il assuré, en référence au Premier ministre renversé par un coup d'État en 2006, que les manifestants accusent de rester aux commandes par le truchement de sa sœur, Yingluck, malgré son exil. « À partir de maintenant, nous allons sélectionner le Premier ministre du peuple, et mettre en place le gouvernement du peuple, et une Assemblée du peuple qui remplacera le Parlement », avant des élections dans « 8, 12 ou 15 mois », a-t-il ajouté, évoquant une « révolution ». Il avait marché hier à la tête d'un des nombreux cortèges convergeant vers le siège du gouvernement aux sons des sifflets, symbole d'une protestation qui dure depuis plus d'un mois.
Les démocrates au cœur de la protestation
Signe de l'impasse politique, les quelque 150 députés du Parti démocrate avaient annoncé dimanche leur démission, jetant une ombre sur la légitimité d'un Parlement de 500 sièges où le Puea Thai de Yingluck est majoritaire. Abhisit Vejjajiva, chef des démocrates et ancien Premier ministre, n'avait pas encore commenté hier soir l'annonce de nouvelles élections, mais certains analystes pariaient sur un boycottage du scrutin par le parti qui n'a pas remporté de législatives en 20 ans. Avec leur démission en masse, les démocrates sont revenus au cœur de la protestation, après s'être étonnamment effacés ces dernières semaines derrière Suthep, qui a démissionné du parti pour prendre la tête des manifestations. Le Puea Thai, qui est a priori donné gagnant, a de son côté annoncé que Yingluck serait probablement candidate. « Elle sera numéro un sur notre liste », a précisé Jarupong Ruangsuwan, notant que la décision devait être entérinée par les cadres du parti.
(Source : AFP)

