« L’Égypte a pour horizon l’état d’urgence »

Une famille égyptienne piégée dans la tourmente de la répression

Reportage
OLJ
09/12/2013

Pour Amany Sonbol, le cauchemar a commencé quand son mari a été arrêté fin 2012 à Dubaï, accusé d'être un Frère musulman. Aujourd'hui, elle pleure son fils tué le 14 août au Caire comme des centaines de partisans de Mohammad Morsi. Cette Égyptienne âgée de 54 ans est sans nouvelles de son époux et démunie avec ses cinq filles depuis la mort d'Ahmad, le seul homme au foyer depuis que Ali croupit dans une prison d'Abou Dhabi.
Elle maudit à jamais le gouvernement installé et dirigé de facto par l'armée. Car depuis le 14 août, jour où soldats et policiers ont massacré des centaines de manifestants pro-Morsi sur les places Rabaa al-Adhawiya et Nahda au cœur de la capitale égyptienne, le gouvernement intérimaire réprime sévèrement les Frères musulmans. Trois mois après la tragédie, dans son appartement du Caire aux murs tapissés de photos d'Ahmad, de sa naissance à quelques jours avant sa mort, Amany pleure toujours à chaudes larmes son fils chéri tombé à 24 ans sous les balles des forces de l'ordre à Rabaa. Puis elle s'emporte : « J'ai perdu mon fils dans un massacre perpétré par ce gouvernement, lui ne reviendra plus et je ne sais pas quand mon époux sera de retour. »
Pourtant, selon sa famille, Ahmad était loin du fanatique « terroriste » que décrivent à longueur de journée les médias égyptiens, quasi unanimes et au diapason du gouvernement quand ils évoquent les Frères musulmans. Pour le jeune homme, tué deux semaines avant de commencer des études de biologie marine en Turquie, M. Morsi représentait un « changement » pour l'Égypte qui venait de passer trois décennies sous la férule de Hosni Moubarak, explique sa sœur Sarah. « Il a participé à la révolution de janvier 2011 contre Moubarak, il croyait en une cause, il n'était influencé par personne », s'enflamme la jeune fille. Ahmad était un fanatique de plongée sous-marine et était devenu un assistant du professeur Edwin Cruz-Rivera, spécialiste de cette science à l'université américaine du Caire. « C'était un islamiste engagé dans sa foi mais pas un extrémiste, parce qu'il était ouvert à d'autres idéologies », se rappelle M. Cruz-Rivera.

Le monde est responsable
Ahmad était littéralement l'homme du foyer depuis que son père Ali, médecin, travaillait à Dubaï. « Il faisait tout, il prenait soin de ses sœurs et faisait les courses », souffle Amany, les larmes aux yeux, avant de lâcher à nouveau sa colère : « Toute la communauté internationale est responsable du massacre, le monde s'est contenté de regarder la loi de la jungle se déchaîner sur des gens innocents ! »
Les six femmes de la famille attendent aujourd'hui dans l'angoisse des nouvelles de Ali, arrêté en décembre 2012 par des policiers en civil à Dubaï. Selon des médias et la famille Sonbol, Ali est emprisonné avec un groupe d'Égyptiens jugés pour avoir créé aux Émirats arabes unis une branche illégale des Frères musulmans. Amany jure que Ali n'a rien à voir avec les Frères, il a simplement voté pour Morsi en 2012. Dubaï a confisqué ses économies accumulées au service du ministère émirati de la Santé, selon Amany. « Mais le plus terrible, c'est qu'il n'a pu voir son fils pour ses derniers jours, ni même assister à ses funérailles », lâche Sarah.
« C'est une bande de tueurs, il y a une différence entre disperser des manifestants et les massacrer », s'emporte sa sœur Huda, étudiante en médecine.
©AFP

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