Le secrétaire général du Hezbollah Hassan Nasrallah venait à peine d'achever son entretien télévisé sur la chaîne OTV qu'un coup terrible l'a frappé. Il est donc un peu plus de minuit, ce soir-là, lorsqu'il apprend l'assassinat d'un des principaux chefs militaires de la résistance, Hassane Lakkis, qui est aussi pour lui un vieux compagnon depuis les années 1980. Tous deux avaient ainsi quitté le mouvement Amal pour rallier le premier noyau du Hezbollah dès 1982. Le coup est certes dur, mais tous les responsables du parti chiite se considèrent comme des survivants parce qu'ils estiment être des cibles permanentes pour Israël. Dans le cas de Hassane Lakkis, c'est encore plus vrai puisque, pendant la guerre de 2006 en particulier, les Israéliens avaient tenté à plusieurs reprises de le tuer. Il y avait eu ainsi une tentative lors du terrible bombardement des immeubles dans le secteur de Roueiss, dans les derniers jours de cette guerre, parce que les Israéliens avaient obtenu des informations sur la présence de Lakkis dans ce complexe. Une autre tentative avait eu lieu auparavant, lorsqu'ils ont bombardé sa voiture qui roulait sur la route de Hadeth.
Hassane Lakkis, qui avait perdu un de ses deux fils dans cette guerre, avait réussi à échapper aux obus israéliens. S'il est peu connu du grand public, comme d'ailleurs tous les responsables militaires du Hezbollah, il y occupait pourtant des fonctions importantes en sa qualité de spécialiste en technologies et en défense aérienne. Même si la perte est lourde, le Hezbollah sait accueillir ce genre de nouvelles avec fatalisme, considérant qu'au final, la volonté divine avait permis à Hassane Lakkis d'échapper à plusieurs tentatives d'assassinat.
Le Hezbollah est convaincu que tous ses membres pourraient probablement connaître le même sort, un sort qu'ils se sont choisi en servant dans ses rangs. Mais dans cet assassinat qui s'inscrit finalement dans l'ordre des choses, ce qui frappe, c'est la manière dont il a été exécuté. Depuis 2004, et l'assassinat de Ghaleb Awali par l'explosion d'une charge placée sous sa voiture, c'est la première fois que le Hezbollah est frappé de la sorte dans son fief de la banlieue sud. Il y a certes eu des attentats à la voiture piégée qui visaient l'ensemble de la région pour faire pression sur cette formation et dresser contre elle les habitants. Mais cette fois, il s'agit d'un assassinat ciblé, qui plus est a été accompli d'une manière totalement inédite. C'est en effet la première fois qu'un responsable du Hezbollah est assassiné par des tirs dirigés directement contre lui en utilisant des armes munies de silencieux. Même Imad Moghniyé, qui avait été tué dans la banlieue de Damas en 2008, avait été victime d'une charge explosive dans sa voiture. Il s'agit donc d'une opération audacieuse, qui ressemble fort à une attaque-suicide, même si les agresseurs sont encore vivants et en liberté.
Selon l'enquête, trois personnes seraient arrivées dans le parking de l'immeuble où Hassane Lakkis était en train de garer sa voiture. Ils ont tiré sur lui à bout portant, au moment où il venait d'achever les manœuvres et s'apprêtait à descendre. Ils se sont ensuite enfuis en traversant le terrain vague qui relie ce complexe résidentiel au boulevard Camille Chamoun. Il s'agit donc de professionnels dotés d'informations précises sur les déplacements du responsable du Hezbollah, puisque non seulement ils savaient qu'il viendrait dans cet immeuble, mais ils avaient aussi repéré sa voiture et l'avaient personnellement identifié. De plus, ils n'ont pas craint de l'affronter directement en tirant sur lui à bout portant, le visant à la tête et au cœur.
Face à tant d'efficacité, les accusations du Hezbollah ne pouvaient que pointer du doigt les services israéliens, sans exclure toutefois la possibilité que les exécutants puissent appartenir à une mouvance extrémiste. Cet assassinat met aussi en évidence l'existence de lacunes dans les mesures de protection des cadres du parti qui sont pourtant des spécialistes en la matière. La tendance actuelle de se fondre dans la population en se faisant le plus discrets possible et en renonçant au principe des convois de protection, considérés comme trop voyants, est sur la sellette. Le Hezbollah est ainsi en train de revoir toute sa stratégie sécuritaire en cherchant à reconstituer le parcours des assassins et en essayant de trouver les failles qui ont permis de suivre pendant une certaine période un responsable comme Hassane Lakkis pour finir par le tuer.
Ce qui est sûr, c'est que cet assassinat intervient à un moment particulièrement délicat pour le parti chiite, qui est non seulement engagé dans la guerre en Syrie (même si Hassan Nasrallah a minimisé son rôle dans ce conflit au cours de son dernier entretien télévisé), mais pointe aussi du doigt ouvertement les services saoudiens, les rendant responsables de certaines attaques au Liban ainsi que d'une partie des combats en Syrie. Il continue en même temps à développer ses moyens en vue d'une éventuelle guerre contre Israël. Cela fait pas mal d'ennemis et beaucoup de fronts...
Liban - Éclairage
Un coup fort et des moyens inédits...
OLJ / Par Scarlett HADDAD, le 06 décembre 2013 à 00h00


Les assassins du cadre militaire du Hezbollah, Hassane Lakkis, seraient donc "des professionnels dotés d'informations précises sur les déplacements du responsable du Hezbollah, puisque non seulement "ils savaient qu'il viendrait dans cet immeuble", mais ils avaient aussi repéré sa voiture et l'avaient personnellement identifié". Cela n'évoqurait-il pas que, pour avoir une information aussi précise et exacte sur le déplacement et le retour du cadre cette nuit-là, les criminels avaient donc percé les cercles proches mêmes du Hezbollah ?
17 h 01, le 06 décembre 2013