20 novembre : à une réunion tenue à Saint-Pétersbourg d'un groupe restreint de dirigeants de la défunte URSS, Dmitri Medvedev s'adresse à son homologue ukrainien, Mykola Azarov : « En signant avec l'Union européenne un accord de libre-échange, vous risqueriez de remettre en cause nos rapports et ceux que vous entretenez avec le Belarus et le Kazakhstan. » Ce n'est pas un conseil d'ami mais un ultimatum. Le lendemain, Kiev décrète la fin des préparatifs pour la signature dudit accord avec l'UE, prévue à la faveur d'un sommet à Vilnius, les 28 et 29 du mois.
Ce document, le président ukrainien avait pourtant promis d'y apposer son paraphe, affirmant que l'objectif était l'adhésion au groupe des Vingt-Huit. Il avait négligé quelques points de détail, géographiques et politiques. Sur la carte, le pays représente un point de passage important pour le gaz naturel russe acheminé vers l'Europe. Ce qui n'arrange rien, c'est que, s'agissant des exportations, Européens et Russes, les deux gros clients, sont à égalité : vingt-cinq pour cent chacun. Enfin, Vladimir Poutine s'est mis en tête de damer le pion au grand regroupement engagé aux frontières de l'ancien Empire soviétique en lançant sa propre Union économique, incluant les anciennes marches laborieusement conquises par Staline à coups d'expéditions militaires, de déplacements de populations et de ruse. Ajoutons à cela un facteur qui pèse lourd dans la balance des rapports avec le grand frère : celui-ci fournit à son protégé 60 pour cent du gaz qu'il consomme, à des prix défiant toute concurrence. Autant dire qu'on ne saurait rien refuser à un allié qui vous demande, en agitant son gros bâton, d'obtempérer. On n'est plus à l'ère des mines de sel sibériennes et des goulags mais il existe tant d'autres moyens de coercition...
« Il nous a volé notre rêve » : ce reproche de Viktor Klichko, ancienne gloire du sport (il fut champion du monde de boxe poids lourd) reconverti dans la politique et farouche opposant du chef de l'État, sert aujourd'hui de cri de ralliement à tous les adversaires du régime. Il y a dans le lot nombre d'« anciens » de la révolution orange de 2004, dont Piotr Porochenko, Oleg Tiaghnibok, Arseni Iatseniouk. Il y a surtout la pasionaria du groupe, Ioulia Timochenko, qui purge une peine de sept ans de prison pour abus de pouvoir et qui n'a jamais cessé, de sa cellule, d'appeler ses concitoyens à se soulever.
Le mouvement lancé la semaine dernière a déjà enregistré de premiers dérapages avec les tentatives d'éléments incontrôlés d'occuper par la force le siège de l'administration présidentielle, pendant que d'autres manifestants s'emparaient de la mairie de la capitale, autant d'initiatives qui ont aussitôt été condamnées par les chefs de l'insurrection. Ces derniers veulent obtenir, dans un premier temps, le départ du gouvernement puis, dans un second temps, la démission du chef de l'État, deux revendications qu'ils veulent faire aboutir sous l'effet de la grève générale à laquelle ils ont appelé.
Sur le plan économique, la brusque détérioration de la situation ne pouvait tomber à plus mauvais moment. L'Ukraine partage avec Chypre, l'Argentine et le Venezuela le triste privilège de figurer dans le peloton de tête des nations à risque. Pour l'instant, les principaux indicateurs demeurent stables mais nul ne peut assurer qu'il en sera ainsi dans les jours, les heures qui viennent. Selon l'hebdomadaire local Zerkalo Nedeli, le Kremlin aurait avancé des propositions difficiles à rejeter : des prêts de l'ordre de 15 milliards de dollars, une restructuration de la lourde ardoise, le rachat de dettes toxiques et une nouvelle tarification du gaz. Le mois dernier, le président russe s'était laissé à déclarer qu'il ne s'opposerait pas au rapprochement entre Kiev et Bruxelles à condition qu'il soit précédé par des négociations à trois voies, une proposition aussitôt rejetée par le chef de la Commission européenne José Barroso.
Comme pour compliquer encore plus la conjoncture, les chefs des diplomaties polonaise et suédoise ont publié un communiqué conjoint réitérant à l'intention de l'Ukraine l'offre d'entrée dans le club des Vingt-Huit assortie d'une clause : un paquet de réformes de l'économie nationale dans le sens voulu par l'Europe. Le Kremlin pour sa part est prêt à riposter avec une panoplie de mesures ressemblant à une véritable déclaration de guerre et qui coûteraient la bagatelle de 400 000 emplois.
Retranché en week-end dans sa résidence de la proche campagne, le chef de l'État se penchait sur les deux termes de l'alternative à laquelle il se trouve confronté : l'UE ou Moscou ? Et à l'horizon, pas de perspective d'une troisième voie.
Moyen Orient et Monde - Le Point
Les oranges amères de Kiev
OLJ / Par Christian Merville, le 03 décembre 2013 à 00h00


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef
ENCORE DU BOSSFÈÈÈR AMÈÈÈR ! PÔÔÔVRE UKRAINE....
15 h 02, le 03 décembre 2013