Les manifestants à Kiev bloquaient hier les rues et les places de la capitale ukrainienne par des barricades. Ils ont également mis le siège devant le bâtiment du gouvernement. Vasily Fedosenko/Reuters
Le Premier ministre ukrainien Mykola Azarov a dénoncé hier un « coup d'État » en cours à Kiev, après une manifestation monstre la veille contre le pouvoir et pour le rapprochement avec l'Europe. « Ce qui se passe présente tous les signes d'un coup d'État. C'est une chose très sérieuse. Nous faisons preuve de patience, mais nous ne voulons pas que nos partenaires pensent que tout leur est permis », a déclaré M. Azarov, cité par les agences ukrainiennes au cours d'une rencontre avec les ambassadeurs de l'Union européenne, des États-Unis et du Canada. Il a également affirmé qu'une prise d'assaut du Parlement était en préparation, sans donner plus de précisions.
Les manifestants de l'opposition proeuropéenne bloquaient hier le siège du gouvernement, avec l'intention de forcer le pouvoir à partir, à la suite de son refus de signer un accord d'association avec l'UE. Ils avaient investi dimanche la mairie de Kiev et la Maison des syndicats, un autre bâtiment officiel dans le centre-ville. Hier également, plusieurs régions de l'Ouest nationaliste et pro-occidental ont répondu à l'appel de l'opposition à la grève générale. Il s'agit d'une mobilisation sans précédent depuis la Révolution orange de 2004.
Le président russe Vladimir Poutine, qui a joué un rôle décisif pour dissuader Kiev de signer l'accord avec l'UE, a lui aussi fustigé hier les manifestations. « Les événements en Ukraine ressemblent plus à un pogrom qu'à une révolution. Cela n'a pas grand-chose à voir avec les relations de l'Ukraine avec l'Union européenne. Ces actions ont été préparées de l'extérieur. Nous voyons comment des groupes bien organisés sont impliqués. C'est une tentative de déstabilisation du gouvernement légitime », a déclaré M. Poutine. Il a estimé que les manifestations étaient liées aux luttes politiques internes à l'Ukraine et jugé que c'était un « faux départ » pour l'élection présidentielle de 2015 dans ce pays.
Motion de défiance
Dans un geste de conciliation, le président du Parlement, Volodymyr Rybak, a indiqué qu'il allait mettre aujourd'hui à l'ordre du jour la question de la défiance du gouvernement comme le réclame l'opposition. Il a toutefois laissé entendre que le Parti des régions – au pouvoir et dont il est membre – ne soutiendrait pas une telle initiative.
Pour sa part, le président Ianoukovitch a reconnu que les forces de l'ordre étaient « allées trop loin » en utilisant la force contre les manifestants. « Cela ne peut pas se justifier. Mais nous comprenons qu'ils ont été provoqués », a-t-il souligné. Le chef de la police de Kiev a été limogé hier. Le président ukrainien a par ailleurs pris l'initiative d'appeler le chef de la Commission européenne, José Manuel Barroso, pour lui promettre de procéder à une « enquête sur l'usage de la force par la police ». Il a aussi laissé entendre que l'intégration européenne était toujours sur la table, en demandant à M. Barroso de recevoir une délégation ukrainienne pour discuter « de certains aspects de l'accord d'association ».
Par ailleurs, Berlin a affirmé hier que les manifestations à Kiev montrent que le cœur du peuple ukrainien « bat pour l'Europe ». Enfin, l'UE et l'ONU ont appelé les autorités et l'opposition ukrainiennes au calme, après les violences du week-end, et à respecter la liberté d'expression des manifestants.
(Source : AFP)

