Une douce nostalgie que procurent les tuiles rouges. Photo Michel Sayegh
D'origine syrienne mais ayant vécu la plupart de son temps au Liban, Khalil Ayoubi quitte le pays du Cèdre et s'installe à New York. C'était il y a plus de trente-cinq ans. À l'invitation de Fadi Mogabgab, il revient séjourner dans son atelier à Aïn Zhalta pour en émerger par la suite avec une palette colorée et gaie, et un art naïf (mais pas si naïf que ça).
L'artiste ne se prend pas au sérieux. Il avoue sincèrement que c'est fortuitement qu'il a débarqué dans le milieu de la peinture. «C'est ma sœur Nadia Khoury qui m'a un jour mis des crayons en main et m'a encouragé à dessiner, indique-t-il. Je dirigeais alors des restaurants à New York. Ma première peinture accrochée dans l'un de ces restaurants a été mon passeport pour une nouvelle carrière. Je ne suis pas un peintre professionnel, mais j'aime ce que je fais et mon séjour à Aïn Zhalta a été une plongée dans les couleurs.» Et de poursuivre: «Si les visiteurs aiment mon travail, ce sera comme la cerise sur le gâteau, mais en aucune façon je m'arrêterai un jour de peindre.»
C'est donc à grands coups de couteau (jamais au pinceau, sauf peut-être dans un certain pointillisme) que l'artiste tranche dans les teintes fortes. Du rouge le plus flamboyant au vert le plus fort (qui décline en plusieurs harmonies), en passant par le blanc le plus lumineux, les maisons aux tuiles rouges, les bancs, les chats, ou encore les poissons parsèment ses toiles. Ici, pas de 2 ni de 3D, tout est franc, bien net et sans trucages «Ses sujets, dira Mogabgab, sont souvent d'une grande simplicité et c'est là son mérite. Oser la banalité alors que la peinture d'aujourd'hui s'arrête à l'effet impressionnant de l'image.» C'est cette même simplicité à la charge émotionnelle très forte qui pourra faire traverser au travail de Khalil Ayoubi les écueils du temps.
«Toutes ces maisons que je peins, dira l'artiste, c'est celles que je rêvais posséder.» Et si on l'interroge sur la présence de ces symboles religieux, comme les poissons ou même cette femme nue crucifiée, il s'empresse de nier toute connotation religieuse. «C'est surtout l'esthétique qui m'interpelle», dit-il. Alors n'y a-t-il pas dans ce travail des réminiscences d'un passé ou, plus encore, une nostalgie d'un autre pays, sans frontières, sans géographie et sans identité aucune, sauf celui du rêve, dans lequel l'artiste nous invite? On voudrait bien en effet traverser les limites de la toile, être happé par cette palette si vive et s'immerger de la lumière que nous renvoie l'œuvre.
Certes, cette esthétique épurée et non alourdie de maniérisme ni de didactisme tente de briser les fioritures superflues, pour enfin ramener à l'essence pure du geste de peindre, à l'intuitif. Ce même geste leste et léger qui génère toute émotion.
*Galerie Fadi Mogabgab (Gemmayzé). Jusqu'au 15 décembre. Ouverte du lundi au samedi de 10 à 19 heures.
L'artiste ne se prend pas au sérieux. Il avoue sincèrement que c'est fortuitement qu'il a débarqué dans le milieu de la peinture. «C'est ma sœur Nadia Khoury qui m'a un jour mis des crayons en main et m'a encouragé à dessiner, indique-t-il. Je dirigeais alors des restaurants à New York. Ma première peinture accrochée dans l'un de ces restaurants a été mon passeport pour une nouvelle carrière. Je ne suis pas un peintre professionnel, mais j'aime ce que je...


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TRÈS BEAU ; BRAVO.... !
17 h 53, le 26 novembre 2013