Les trois magistrats du tribunal chargé de juger les chefs des Frères musulmans annonçant leur récusation à la presse. Khaled Desouki/AFP
Le guide Mohammad Badie et ses adjoints, Khairat al-Chater et Rachad Bayoumi, actuellement incarcérés, encourent la peine de mort pour « incitation » et « complicité » dans le meurtre de neuf manifestants anti-Morsi le 30 juin. Trois autres membres de leur confrérie sont accusés de ces « meurtres » et 29 islamistes doivent comparaître avec eux pour avoir participé, selon l’accusation, à ces heurts. Ce jour-là, des millions d’Égyptiens avaient manifesté pour réclamer le départ de M. Morsi, lui reprochant d’avoir accaparé les pouvoirs au seul profit des Frères musulmans et achevé de ruiner une économie déjà exsangue. L’armée s’est ensuite appuyée sur cette mobilisation pour justifier son coup de force contre le premier président élu démocratiquement d’Égypte.
« Il n’y a aucune preuve dans ces affaires », a déclaré Mohammad Damati, avocat de la défense, évoquant « un procès politique ». De leur côté, des proches de victimes ont brandi les photos des manifestants tués. « Je veux voir Badie et Chater pendus », a lancé Setohy Abdel Rahmane qui a perdu son fils de 15 ans.
Ce procès, hautement symbolique du fait de la stature des accusés et de par la gravité de la sentence qu’ils encourent – la peine de mort –, pourrait toutefois être éclipsé par celui, le 4 novembre, du chef de l’État toujours retenu au secret dans ses geôles. Le camp pro-Morsi a déjà prévenu que son leader « ne reconnaissait pas ce procès ni aucune action ou processus issu du coup d’État », en référence à sa destitution, ajoutant que de ce fait il n’aurait « aucun avocat » pour le défendre alors qu’il comparaîtra avec 14 autres personnes, pour avoir « incité ses partisans à commettre des meurtres prémédités » lors de heurts ayant fait sept morts devant le palais présidentiel au Caire le 5 décembre 2012.
En prévision de ce rendez-vous judiciaire à haut risque dans un pays où les clivages politiques sont exacerbés et ont déjà fait plus d’un millier de morts durant l’été, les islamistes ont décidé de maintenir la pression sur le gouvernement et le président intérimaires nommés par l’armée en remplacement de M. Morsi. Décimés ou arrêtés à chaque grande manifestation, les Frères musulmans ne déplacent plus guère de foules dans les rues. Pour relancer le mouvement, ils appellent à une mobilisation massive dans tout le pays le jour du procès, alors que le gouvernement intérimaire a assuré qu’il déploierait massivement les forces de l’ordre ce jour-là. Cet appel fait redouter un regain de violences. Le gouvernement a, depuis août, autorisé policiers et soldats à ouvrir le feu sur tout manifestant se montrant « hostile » ou s’en prenant à un « bien public ».
(Source : AFP)


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12 h 03, le 30 octobre 2013