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Diaspora

Les traducteurs libanais à travers l’histoire de l’émigration

14/10/2013
Les bureaux de traduction au Liban poursuivent leur mission consistant à effectuer tous genres de traduction et services attenants, formant de véritables ponts et points de contacts entre les Libanais et les émigrés libanais dans le monde. Ils participent ainsi à l’histoire et à la littérature d’« al-Mahjar ». Le 30 septembre a été célébrée la Journée internationale de la traduction, jour de la Saint-Jérôme (347-420 ap. J.-C.), le saint polyglotte, considéré comme étant le patron des traducteurs. Parmi ses travaux majeurs figurent la traduction de la Bible de l’hébreu et du grec ancien au latin, et la révision critique du texte de la Bible en latin, pour donner au texte l’interprétation la plus proche de l’original.
En Orient, la traduction a toujours pris une place importante depuis les premiers siècles de notre ère, ainsi que les écoles de traduction, comme l’école nestorienne syriaque de Nizip, qui traduisaient surtout du grec vers le syriaque. Ensuite vint l’ère arabo-islamique, et pendant la dynastie des Abbassides (750-1259 ap. J.-C.) à Bagdad fut créée la Maison de la Sagesse (Beyt al-Hikma), formée de traducteurs
spécialisés.
Cela a engendré un véritable métier avec des familles renommées, dont celle de Hunayn Ibn Ishaq (808-873), médecin chrétien qui traduisait des œuvres du grec, principalement, vers l’arabe et le syriaque. Le calife Maumun l’a nommé «chef des traducteurs» et « maître des traducteurs de l’islam », et son fils Ishaq a repris la direction de l’école qui a dominé le IXe siècle. Par la suite, avec l’expansion européenne au Levant, apparut la figure du Drogman, qui vient de l’arabe « tarjman », désignant l’interprète, traducteur et même guide ou intermédiaire, au service des ambassades, consulats et commerçants européens.

Le bureau Rohayem fondé il y a 80 ans
Durant le XIXe siècle, le Liban a joué un rôle important dans la traduction, enseignée dans les nouveaux collèges étrangers fondés dans le pays. Au centre de Beyrouth ont été établis des « maisons de traduction » et aussi des petits bureaux, avec des traducteurs qui disposaient parfois de tables posées à même les trottoirs. Ils jouaient aussi le rôle d’écrivains publics, présentant toutes sortes de services en relation avec le domaine linguistique, et se développèrent avec l’arrivée des machines à écrire.
Parmi les anciens bureaux de traduction à Beyrouth toujours en activité, citons «Traduction Rohayem», fondé en 1933 par Albert David Rohayem, né en 1910 à Jezzine, au Liban-Sud. Son père, David Khalil Rohayem, était un commerçant qui avait émigré en France à la fin du XIXe siècle. Il fonda la Maison de commerce Rahaim à Paris et à Marseille (au 74 quai de Jemmapes) pour fournir des marchandises au continent américain à travers les émigrés arabes, développant ainsi un réseau commercial entre les deux régions. Ce genre de connexion a assuré le succès des colporteurs en Amérique, qui vendaient dans les bourgs les plus distants, à des prix compétitifs, des produits importés d’Europe.
David Rohayem, marié avec Khawla Rohayem et dont le nom figura parmi l’aristocratie étrangère en France en 1904, grâce à son expansion commerciale dans le Nouveau Monde, a eu huit enfants, parmi lesquels Albert, qui fit des études à Beyrouth et à Paris, où il fonda en même temps une fabrique de chaussettes. Albert aimait les langues étrangères dès son plus jeune âge et devint un parfait multilingue notamment en arabe, français, anglais, espagnol, portugais, italien et allemand.
Il décide de rentrer au Liban et établit le bureau de «Traduction Rohayem» à Beyrouth, dans la rue très animée de Bab Idriss, près de l’église Saint-Louis des capucins. Albert se maria avec Nahya Sakr dont il eut deux enfants : David (1958-2010) et Myriam. En 1964, il transféra son bureau à la rue de Damas, à Badaro, près du Palais de justice. Ce bureau fête cette année ses 80 ans, grâce à Myriam, dont la fille, Martine Marie Rohayem Khatlab, qui effectue des études universitaires en traduction au Liban, prendra plus tard la relève.

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