En exil forcé depuis plus de sept mois, le dignitaire sunnite, connu pour ses positions patriotiques et sa modération, a affirmé qu’il « est rentré pour servir sa patrie ». À la question de savoir si c’est le Hezbollah qui lui a donné le feu vert pour rentrer, ainsi que des garanties pour sa sécurité, il a répondu : « Le Hezbollah ne m’a jamais contacté depuis que j’ai quitté le pays. J’ai rencontré des personnes proches du parti chiite à des occasions sociales. » Le mufti a tenu à préciser qu’il ne voue aucune adversité au parti chiite, insistant à plus d’une reprise que les ponts avec le parti chiite « ne devraient pas être coupés ».
Le problème, ajoute le dignitaire sunnite, est l’engagement du parti « ailleurs que dans le cadre de la résistance contre Israël », comme lors de l’épisode du 7 mai 2008, ou la participation aux combats en Syrie. « Je ne suis pas convaincu de l’argument (du Hezbollah) selon lequel la participation aux combats en Syrie sert à protéger le Liban ».
Respecter la distanciation
« Tout ce qui peut nuire au pays, on devrait s’empêcher de le faire. Préserver la sécurité des Libanais est en lui-même un devoir religieux », a asséné cheikh Chaar. Selon lui, même les sunnites Libanais ne devraient pas prendre part aux combats aux côtés de l’opposition syrienne, car, a-t-il rappelé, « le chef de l’État a proclamé la distanciation et tout le monde doit l’appliquer ».
Interrogé sur le devoir du « jihad » dont se sentent investis les groupuscules islamistes en Syrie, le mufti a précisé que le jihad n’est religieusement légitimé qu’« en cas de défense du territoire sur lequel l’on vit ». « Ceux (parmi les islamistes) qui combattent en Syrie ne défendent pas leur propre terre », a-t-il dit.
Interrogé sur la résurgence des islamistes jihadistes à Tripoli, le dignitaire sunnite a assuré que la capitale du Nord « refuse de traiter avec ces groupuscules caractérisés par le recours à la violence », en allusion aux mouvements proches d’el-Qaëda. Et de démentir la présence d’éléments de ce type à Tripoli, soulignant qu’il est toutefois probable que quelques- uns aient réussi à s’infiltrer dans la ville en provenance de l’extérieur.
Selon lui, le retour de l’État à Tripoli par le biais du plan sécuritaire a été applaudi par l’ensemble des habitants du Nord et toutes les instances politiques, religieuses et économiques. Le mufti a souhaité voir un jour Tripoli, mais aussi la banlieue sud, devenir des localités « entièrement désarmées ». Et d’assurer que Dar el-Fatwa est une institution qui est « inhérente à l’État qu’elle soutient totalement ».
Dar el-Fatwa
Interrogé sur sa relation conflictuelle avec cheikh Mohammad Rachid Kabbani le mufti de la République, cheikh Chaar a affirmé qu’il désapprouve toute forme de rupture avec qui que ce soit, un luxe qu’une personnalité publique ne peut se permettre, car il est de son devoir de préserver la communication avec tout le monde, a-t-il ajouté en substance.
Concernant sa relation personnelle avec le mufti, il a déclaré : « Je suis avec la légalité », insistant sur la nécessité « de préserver la dignité de cette institution, qui représente le giron de la nation », soulignant toutefois que la communication avec cheikh Kabbani n’est pas coupée – « il m’a contacté pour me souhaiter la bienvenue » – admettant toutefois qu’il a lui-même fait preuve d’un manquement à son égard, s’étant souvent abstenu de le contacter.
« Dar el-Fatwa n’est ni la propriété du mufti Mohammad Rachid Kabbani ni celle de ceux qui l’ont précédé », a-t-il souligné un peu plus loin, avant de démentir les rumeurs selon lesquelles il serait rentré pour briguer le siège de Dar el-Fatwa.
« Je ne présenterais pas ma candidature à cette position, qui nécessite une unanimité », a-t-il insisté.


"IL a insisté sur la nécessité de préserver la dignité de cette institution, qui représente le giron de la nation." ! QUELLE NATION ? LA LIBANAISE OU LA OUMMA ?
08 h 09, le 10 octobre 2013