Un tribunal de Mourmansk, dans le nord-ouest de la Russie, a ordonné la mise en détention préventive pour deux mois du capitaine du navire de Greenpeace, l’Américain Peter Willcox, qui avait été le capitaine du Rainbow Warrior, le bateau de l’ONG écologiste coulé en 1985 par les services secrets français. Une décision similaire a été prise à l’encontre du Suisse Marco Weber, qui avait escaladé le 18 septembre la plate-forme pétrolière Prirazlomnaïa du géant russe Gazprom pour protester contre les projets d’exploitation pétrolière dans cette zone. La même mesure a été appliquée au Polonais Tomasz Dziemianczuk, aux Néo-Zélandais David John Haussmann et Jon Beauchamp, au Canadien Paul Douglas Ruzycki, au Français Francesco Pisanu, et au Turc Gizhem Akhan, second de cuisine à bord du navire Arctic Sunrise. Il est pourtant rare que des étrangers soient placés en détention préventive en Russie. Le photographe free-lance russe Denis Siniakov et deux autres ressortissants russes ont été eux aussi condamnés à deux mois de détention. Les militants ont réfuté les accusations de « piraterie », insistant sur le fait que leur action de protestation contre la plateforme de Gazprom en Arctique était pacifique. Hier, le Comité d’enquête russe avait prévenu qu’il allait demander que les 30 membres d’équipage de l’Arctic Sunrise, navire battant pavillon néerlandais, soient maintenus en détention le temps de conclure l’enquête. Les enquêteurs ont estimé que les membres de l’équipage, issus de 18 pays, pourraient fuir la Russie, s’ils étaient relâchés.
Un porte-parole de Greenpeace International, le Suédois Dmitri Litvinov, fils du célèbre dissident et prisonnier politique de l’époque soviétique Pavel Litvinov et arrière-petit-fils d’un ministre des Affaires étrangères de Staline, a de son côté vu sa détention préventive prolongée de 72 heures. Une porte-parole néerlandaise de Greenpeace, Faiza Oulahsen, et un cuisinier ukrainien du navire ont eux aussi bénéficié de cette mesure plus clémente. Selon l’agence Interfax, une autre audience du tribunal sur leur cas doit avoir lieu aujourd’hui, étant donné qu’ils ont déjà passé 48 heures en détention.
Demande des Pays-Bas de libérer l’équipage
L’affaire, qui implique de nombreux ressortissants étrangers, pourrait toutefois tourner à l’affrontement diplomatique. Invoquant le droit maritime, les Pays-Bas ont déjà demandé aux autorités russes de libérer l’équipage. Le gouvernement néerlandais envisage même d’engager une « procédure légale (contre l’arrestation de l’équipage) y compris devant le Tribunal international de l’ONU pour le droit de la mer », a annoncé le chef de la diplomatie néerlandaise Frans Timmermans. De son côté, Kumi Naidoo, directeur de Greenpeace International, a qualifié les décisions de la justice russe « d’intimidation ». L’ONG Reporters sans frontières s’est de son côté dit « choquée » par le placement en détention provisoire du photojournaliste Denis Siniakov, qui a travaillé dans le passé au bureau de l’AFP à Moscou. « Denis Siniakov a été interpellé dans l’exercice de son activité professionnelle et son arrestation constitue une violation inacceptable de la liberté de l’information », a déclaré l’ONG.
(Source : AFP)


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