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Culture - Livres À Relire

« La châtelaine du Liban » de Pierre Benoît

À l’occasion de la restauration du film « La châtelaine du Liban » réalisé en 1934 par Jean Epstein, une relecture du roman éponyme de Pierre Benoît de l’Académie française, paru initialement en 1924 et réédité à plusieurs reprises, dont la dernière en 2012, aux éditions Albin Michel, s’impose. Et se savoure même !

L’affiche du film...

Car, comme l’écrit dans la préface de l’édition 2012 Amélie Nothomb, qui proclame avoir lu La châtelaine du Liban «avec délices»: «Ce roman a formidablement vieilli!»
Certes, les tournures de phrases, parfois trop longues, ont pris de l’âge. Le cadre de l’intrigue également: la douceur levantine du Liban n’est malheureusement plus d’actualité. Mais les descriptions psychologiques des protagonistes et surtout celles de la société libanaise restent d’une acuité troublante. Tenez, en voici un exemple: «Ces descendants de vieux marchands phéniciens (...) ont toujours eu un tort: le désir forcené de gain brutal, immédiat.» Depuis 1923-1924, date de parution de ce roman de Pierre Benoît (1886-1962), cette constatation faite par le narrateur est toujours d’une désolante pertinence!
L’auteur, qui à l’époque de l’écriture de La châtelaine du Liban se trouvait justement à Beyrouth, où suite à de rocambolesques démêlés avec la justice (il avait organisé son pseudoenlèvement pour fuir ses maîtresses parisiennes!) il avait été «recruté» en tant que grand reporter au Proche-Orient par le quotidien Le Journal, décrit le Liban avec ces mots troublants: «Dans ce pays, les choses ne sont simples que pour les gens qui y passent quinze jours. Restez-y seulement un an, vous verrez que tout se complique, s’embrouille.»

Dans le tourbillon mondain beyrouthin des années 20
Mais commençons par le début: la trame. Le capitaine Lucien Domèvre est un jeune officier français qui, suite à une blessure par balle dans le désert syrien, se retrouve dans un hôpital de Beyrouth. Au cours de son hospitalisation, il est soigné par une jeune infirmière, Michelle, dont il s’éprend. Celle-ci se trouve être la fille du colonel Hennequin. Lequel, par sympathie à son égard, s’arrange pour lui obtenir un poste à Beyrouth aux services de renseignements. Une fonction administrative que Domèvre accepte au départ un peu à contrecœur, mais qu’il entamera avec conviction. Un poste pour les besoins duquel il devra entretenir des relations troubles avec le major Hobson, son homologue anglais, qui le perdront. Son ami Walter, officier méhariste du même grade, aura beau l’avoir prévenu, Domèvre se laisse rapidement séduire par la douceur de vivre levantine et le charme des réceptions mondaines beyrouthines où, au cours de l’une d’entre elles, son destin croisera l’intrigante comtesse Athelstane Orlof. Une belle Anglaise, veuve d’un diplomate russe, grande passionnée de l’aventurière lady Esther Stanhope, traînant derrière elle une cohorte d’amants et résidant, paradoxalement, dans Kalaat el-Tahara (château de la pureté). Une sulfureuse que ses admirateurs ont rebaptisée «la châtelaine du Liban».
Fou d’amour, détournant son devoir patriotique pour des intérêts privés, le jeune capitaine français sacrifiera tout pour elle: sa fiancée Michelle, sa fortune et, plus encore, son honneur!
Outre l’intrigue sentimentale, Pierre Benoît dresse, à travers ce roman, le récit quasi-documentaire de l’affrontement que se livrent les services de contre-espionnage français et anglais pour assurer leur prédominance dans ce Proche-Orient tout récemment délivré du joug ottoman, ainsi qu’un portrait criant de vérité des us et coutumes de la haute société beyrouthine des années 20 – dont on relèvera certaines similitudes avec les attitudes actuelles de cette même société, notamment vis-à-vis des étrangers! Et puis il a de très précises descriptions de paysages du Liban de ces années-là que l’auteur-journaliste sillonne de long en large comme avant lui Lamartine ou encore Maurice Barrès, grands orientalistes qu’il évoque d’ailleurs aussi dans ce livre. Lequel reste, malgré la réalité historique dans lequel il baigne, un pur roman. Dont le personnage central, celui de la fameuse «châtelaine du Liban», n’a jamais été, comme le bruit en a longtemps couru dans les salons beyrouthins, inspiré de Linda Sursock!
Car, comme l’écrit dans la préface de l’édition 2012 Amélie Nothomb, qui proclame avoir lu La châtelaine du Liban «avec délices»: «Ce roman a formidablement vieilli!» Certes, les tournures de phrases, parfois trop longues, ont pris de l’âge. Le cadre de l’intrigue également: la douceur levantine du Liban n’est malheureusement plus d’actualité. Mais les descriptions psychologiques des protagonistes et surtout celles de la société libanaise restent d’une acuité troublante. Tenez, en voici un exemple: «Ces descendants de vieux marchands phéniciens (...) ont toujours eu un tort: le désir forcené de gain brutal, immédiat.» Depuis 1923-1924, date de parution de ce roman de Pierre Benoît (1886-1962), cette constatation faite par le narrateur est toujours d’une désolante pertinence! L’auteur, qui à...
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