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Moyen Orient et Monde

Les armes chimiques au cœur d’une guerre médiatique

À coups d’images et de déclarations, pouvoir et rebelles en Syrie s’accusent des pires atrocités impossibles à vérifier par des journalistes indépendants en raison des risques d’enlèvement dans les zones insurgées et de l’octroi parcimonieux de visas par le régime. La guerre médiatique a atteint son paroxysme avec l’empoignade sur les armes chimiques. D’une part des images insoutenables de victimes diffusées par les opposants et de l’autre, les démentis catégoriques opposés par le pouvoir. Les images de mort de centaines de Syriens, dont des enfants, près de Damas le 21 août ne documentaient cependant que l’un des épisodes d’un conflit qui a déjà fait 110 000 victimes depuis mars 2011. Aucun journaliste indépendant n’a eu accès au lieu du drame mais les vidéos ont été exploitées par les rebelles et même par des capitales occidentales dans leur campagne pour des frappes militaires contre la Syrie. « On connaît le pouvoir des images depuis la guerre du Vietnam », rappelle le sociologue libanais Melhem Chaoul, en évoquant la photo de la petite Vietnamienne brûlée courant nue sous les bombes. Au plus fort de la campagne du président américain Barack Obama pour obtenir le soutien à des frappes contre la Syrie, la chaîne américaine CNN a diffusé en boucle des vidéos de personnes secouées de convulsions ou d’enfants morts présentés comme les victimes de l’attaque chimique. Selon la chaîne, ces images ont été montrées à un petit groupe de sénateurs par l’administration Obama pour les convaincre de soutenir des frappes militaires en Syrie.
En face, le pouvoir a affirmé tour à tour qu’il s’agissait d’images truquées puis que c’était les rebelles qui avaient utilisé ces armes pour stopper l’avancée de l’armée dans la banlieue de Damas et préparer le terrain à une attaque occidentale qu’ils appelaient de leurs vœux. Il a également mis en avant les images d’atrocités attribuées aux rebelles, comme celles de décapitations par des jihadistes de miliciens prorégime publiées par Paris Match et d’exécutions sommaires de soldats du régime mises en ligne par le New York Times. La Coalition nationale syrienne (opposition), embarrassée par ces dernières images, s’est fendue jeudi d’un communiqué disant qu’elles « ne sont pas représentatives de l’Armée libre syrienne (son bras armé) ni du peuple syrien ».

Fin de « la propagande style soviétique »
Bassam Abou Abdallah, directeur de Centre de Damas pour les études stratégiques, proche du régime, a relevé que la télévision d’État s’était abstenue au début du conflit de montrer des « images d’horreurs commises par les rebelles » mais qu’elle le fait maintenant « car tout est permis dans cette sale guerre quand il s’agit de servir un objectif politique ». L’enjeu pour le régime est aussi d’illustrer ses succès militaires comme dans les combats en cours dans la ville de Maaloula, symbole de la présence chrétienne en Syrie et en Orient, où la télévision a montré les soldats sécurisant églises et couvents. Face à la menace de frappe, le président syrien Bachar el-Assad n’a pas hésité à monter au créneau, accordant coup sur coup des interviews au Figaro, à des télévisions américaines et à une télévision russe. « Dans cette affaire, le régime est passé de la propagande style soviétique faite d’un mélange de langue de bois et de lenteur de réaction à une communication du XXIe siècle », a commenté un journaliste étranger présent à Damas. « Assad a su choisir les médias en fonction des pays qu’il voulait cibler (...) et tenté de convaincre les opinions publiques occidentales que frapper son pays était dangereux et que le jeu n’en valait pas la chandelle », a-t-il estimé.
Le régime dénonce par ailleurs la partialité de la presse et des organisations des droits de l’homme comme HRW qui a accusé vendredi l’armée du massacre de 248 syriens en mai dans deux villages côtiers. « L’Occident parle d’un prétendu massacre en mai dans la région de Tartous, mais ne dit pas un mot sur celui confessionnel commis par les terroristes contre une dizaine de villages (alaouites) début août dans la région de Lattaquié », s’est insurgé un responsable des services de sécurité syriens, dans une déclaration. « Il y a eu au moins 1 000 morts, ils ont égorgé les hommes, obligé les femmes à marcher nues dans la rue, éventré les femmes enceintes, mais bien sûr cela n’intéresse pas les organisations des droits de l’homme ni les journalistes », a-t-il ajouté.
(Source : AFP)
À coups d’images et de déclarations, pouvoir et rebelles en Syrie s’accusent des pires atrocités impossibles à vérifier par des journalistes indépendants en raison des risques d’enlèvement dans les zones insurgées et de l’octroi parcimonieux de visas par le régime. La guerre médiatique a atteint son paroxysme avec l’empoignade sur les armes chimiques. D’une part des images insoutenables de victimes diffusées par les opposants et de l’autre, les démentis catégoriques opposés par le pouvoir. Les images de mort de centaines de Syriens, dont des enfants, près de Damas le 21 août ne documentaient cependant que l’un des épisodes d’un conflit qui a déjà fait 110 000 victimes depuis mars 2011. Aucun journaliste indépendant n’a eu accès au lieu du drame mais les vidéos ont été exploitées par les...
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