La condamnation à mort des quatre accusés a été accueillie par des applaudissements et des réjouissances devant le Palais de justice à New Delhi,hier. Adnan Abidi/Reuters
« Pression politique »
Des milliers d’Indiens révoltés avaient manifesté après ce viol, appelant à une prise de conscience de la façon dont les femmes sont traitées en Inde et dénonçant l’apathie de la police et de la justice à l’égard des victimes d’agressions sexuelles. Le procureur Dayan Krishnan avait réclamé la peine de mort pour les accusés mercredi, estimant qu’il s’agissait de la seule « peine appropriée » pour ce crime qualifié de « diabolique ». De son côté, la défense avait demandé au tribunal mercredi de résister à la « pression politique ». « C’est une injustice ! Ce n’est pas normal », a réagi l’un des avocats après le verdict, A.P. Singh. Les quatre accusés – Akshay Thakur, Pawan Gupta, Vinay Sharma, Mukesh Singh – sont originaires de zones rurales pauvres, habitaient un bidonville du sud de la capitale indienne et vivaient de petits boulots. Leurs avocats ont déjà annoncé qu’ils feraient appel du verdict, une décision susceptible de repousser de plusieurs années l’épilogue judiciaire de cette affaire.
Amnesty International a estimé que cette condamnation à mort ne résoudrait rien. « Envoyer ces quatre hommes à l’échafaud ne constitue qu’une vengeance à court terme. Rien ne prouve que la peine de mort dissuade de commettre un crime et son recours n’éradiquera pas la violence contre les femmes en inde », a réagi Tara Rao, responsable d’Amnesty en inde. Après ce viol et l’émotion populaire qu’il a déclenchée, les lois contre les délinquants sexuels ont été durcies en mars et la peine de mort introduite pour les violeurs dont les victimes sont décédées. Un cinquième accusé âgé de 17 ans au moment des faits a été condamné fin août à trois ans de prison. Un sixième, le chauffeur du bus présenté comme le meneur, a été retrouvé mort dans sa cellule en mars, un décès attribué à un suicide par les autorités pénitentiaires.
La scène d’horreur vécue le 16 décembre par l’étudiante en kinésithérapie de 23 ans et son compagnon a révulsé la société indienne. La jeune femme sortait d’une séance de cinéma avec son ami ce soir de décembre et les deux jeunes gens ont décidé de monter dans un bus privé, faute de pouvoir trouver un taxi. Le couple a été alors pris au piège derrière les rideaux tirés du bus. Le jeune homme a été battu et dépouillé de ses affaires, et la jeune femme, violée et agressée avec une barre d’acier rouillée. Les agresseurs ont ensuite jeté les corps des deux jeunes gens, inconscients, sur une route menant à l’aéroport puis tenté de les écraser en faisant marche arrière. Deux heures se sont écoulées avant que les deux victimes ne soient trouvées gisant sur la route par un passant qui a appelé les secours. Transportée dans un état grave, l’étudiante est décédée de ses blessures le 29 décembre dans un hôpital de Singapour.
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