Un groupe de réflexion américain a affirmé mercredi que la Corée du Nord semblait avoir redémarré un réacteur nucléaire de la centrale de Yongbyon, qui produit du plutonium, ce qui devrait permettre au régime d’accélérer son programme d’armement. Une photo prise par satellite le 31 août montre de la vapeur s’échappant d’un bâtiment adjacent au réacteur, d’une puissance de cinq mégawatts, a indiqué l’Institut américano-coréen de l’Université Johns-Hopkins. Le cliché montre que la Corée du Nord « semble avoir fait redémarrer le réacteur », ont précisé les chercheurs Nick Hansen et Jeffrey Lewis sur le blog de l’institut. Pour la source russe, la cause du dégagement de vapeur visible sur le cliché « pourrait s’avérer être une simple vérification du générateur ».
L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) n’était pas en mesure hier d’expliquer ce qui se passait en Corée du Nord. « Les inspecteurs de l’AIEA n’ont plus été autorisés depuis avril 2009 à mener des vérifications sur les installations nucléaires en Corée du Nord », a indiqué Gill Tudor, porte-parole de l’AIEA. « L’agence continue de surveiller les activités nord-coréennes par les moyens dont elle dispose, comme l’analyse des images de satellite », a-t-elle ajouté. L’éventuel redémarrage du réacteur constituerait « une erreur » et un problème « grave », a de son côté prévenu l’émissaire américain pour la Corée du Nord, Glyn Davies. Il s’exprimait depuis Tokyo, où il s’est rendu dans le cadre d’une tournée asiatique. Après Tokyo, M. Davies doit se rendre à Pékin puis à Séoul.
SIx bombes
Selon les chercheurs américains, le réacteur est capable de produire six kilogrammes de plutonium par an, que Pyongyang pourrait utiliser pour lentement accroître la taille de son arsenal nucléaire. La Corée du Nord avait annoncé en avril dernier le redémarrage prochain de ce réacteur nucléaire, arrêté en 2007 dans le cadre d’un accord international soutenu par les États-Unis.
Pyongyang disposerait d’un stock de plutonium suffisant pour produire six bombes, après avoir utilisé une partie de ses réserves pour ses essais. Le mois dernier, l’Institut pour la science et la sécurité internationale (ISIS) soutenait que le régime avait vraisemblablement doublé sa capacité d’enrichissement de l’uranium sur son site de Yongbyon. Lorsque la Corée du Nord a révélé l’existence de ce site fin 2010, lors d’une visite d’un scientifique américain, le bâtiment contenait quelque 2 000 centrifugeuses pour enrichir l’uranium, destiné, selon Pyongyang, à alimenter une centrale nucléaire. Mais pour Washington, Séoul et leurs alliés, le Nord veut utiliser cet uranium enrichi pour des armes.
Il n’empêche que ces dernières semaines, la Corée du Nord a fait connaître sa volonté de reprendre les négociations à six suspendues depuis 2009 sur son programme nucléaire. Celles-ci impliquent, outre Pyongyang, la Corée du Sud, les États-Unis, la Russie, la Chine et le Japon. Mais tant Washington que Séoul insistent sur la nécessité pour Pyongyang de démontrer ses bonnes dispositions préalablement à tout contact officiel en la matière. En faisant l’inverse, avec le redémarrage de son réacteur, la Corée du Nord poursuit une stratégie payante qui a consisté à tirer sur la corde pour obtenir des concessions de ses antagonistes.
« Les Nord-Coréens disent : nous sommes prêts à reprendre les négociations, mais on ne comprend pas sur quoi », a observé la source diplomatique russe. « La situation est pour l’instant compliquée », a-t-elle conclu.
(Source : AFP)


POUR QUI SONNERA LE GLAS ?
19 h 07, le 13 septembre 2013