Au « Makan », refuge des noctambules cairotes contre le couvre-feu, le décor à lui seul recrée l’ambiance des soirées musicales traditionnelles arabes. Des musiciennes sont aux percussions, maniant avec dextérité les tambourins arabes traditionnels.Gianluigi Guercia/AFP
Les condamnations prononcées par la justice militaire concernent des violences s’étant produites après la dispersion sanglante de partisans de M. Morsi au Caire le 14 août, journée la plus meurtrière de l’histoire récente du pays, avec des centaines d’islamistes tués. Cette répression dans un bain de sang avait enflammé le pays, provoquant des heurts, notamment à Suez. Les islamistes jugés étaient accusés d’avoir tiré à la chevrotine et jeté des pierres sur les soldats. L’un d’eux a donc été condamné à la
réclusion à perpétuité, trois à 15 années de prison, tandis que 48 autres ont écopé de peines allant de cinq à dix ans, au terme de trois audiences d’un procès militaire entamé le 24 août.
Face à la répression des nouvelles autorités installées par l’armée, les partisans de M. Morsi ont appelé à manifester en masse hier pour dénoncer le « coup d’État ». En prévision de ces rassemblements, des blindés de l’armée et de la police étaient déployés aux abords de deux places emblématiques de la capitale : Tahrir, épicentre de la révolte de 2011 qui avait renversé Hosni Moubarak, et Rabaa al-Adawiya, théâtre le 14 août de la dispersion sanglante des pro-Morsi. Les islamistes peinent cependant à mobiliser, car les autorités installées par les militaires ont lancé une vaste campagne de répression à leur encontre. Le guide suprême de la confrérie, Mohammad Badie, et plusieurs de ses principaux dirigeants répondent actuellement devant la justice « d’incitation au meurtre » de manifestants, tout comme M. Morsi, toujours détenu au secret.
En outre, la justice a ordonné hier la fermeture définitive de quatre télévisions. Il s’agit de l’antenne égyptienne d’al-Jazira, d’Ahrar 25, la chaîne des Frères musulmans, ainsi qu’al-Quds et al-Yarmouk, considérées comme proches de la mouvance des Frères.
La « musique du couvre-feu »
Pendant ce temps, chaque nuit, le couvre-feu s’abat sur Le Caire de 23 heures à six heures, mais quand Hind et son groupe de musique populaire égyptienne commencent à chanter, ils ne s’arrêtent plus pendant sept heures. Dans la capitale de l’Égypte, phare culturel du monde arabe et berceau de ses plus grandes voix, l’état d’urgence et le couvre-feu en vigueur depuis la dispersion sanglante de rassemblements islamistes n’auront pas eu raison des soirées musicales. Au Caire, le centre culturel « Makan », le lieu en arabe, porte bien son nom : en ces temps de couvre-feu nocturne, c’est bien le lieu où il faut être quand, à 23 heures, Hind lance de sa voix douce son tour de chant qui ne finira qu’à six heures le lendemain.
Le projet, baptisé « la musique du couvre-feu », est « né du sentiment des musiciens qui travaillent habituellement la nuit et sentaient que le couvre-feu s’abattait sur ce qu’ils aimaient le plus », explique Ahmad el-Maghraby. « Du coup, on a décidé d’en tirer profit, lance celui qui dirige le « Makan ». Dès que commence le couvre-feu, nous nous enfermons et nous écoutons notre musique pendant des heures avant de fermer le Makan à la fin du couvre-feu. »
(Source : AFP)


C'est peu.
12 h 11, le 04 septembre 2013