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Agenda - Hommage

Au Dr Amine Antaki, ami d’enfance

Étrange destin que celui de certaines générations nées au Proche-Orient, et notamment à Alep, au courant du siècle écoulé et qui croyaient leur avenir aussi solide que la citadelle de la ville à laquelle ils appartenaient. Les parents d’Amine et les miens nous avaient réservé une jeunesse insouciante, partagée entre les amis, un Touring Club pour le jour et un club d’Alep pour les soirs, programmes qui se suivaient et toutefois... se ressemblaient. Un microcosme où la douceur de vivre la plus totale était assurée et réglée tel un métronome que rien ni personne ne semblaient pouvoir ébranler.
Et pourtant... Un jour, dans les années 1960, certains sont partis et d’autres sont restés...
Amine, les tiens avaient décidé de rester. Nous n`allions plus avoir la même vie. Et pourtant...
La guerre du Liban éclatait 10 ans plus tard et j’en arrivais, au cumul des jours de bombardements et des nuits dans les abris, à en vouloir à mes parents d’être de ceux qui étaient partis. Tu vivais à Alep tranquillement alors que j’étais déchiré entre l’amour impossible du vivre au quotidien à Beyrouth et la stabilité du présent avec la garantie de l’avenir que pouvait assurer l’étranger. L’amour l’emporta sur la raison et nous jonglions sans cesse lors de nos déplacements pour échapper à la mort. Les cadavres se succédaient mais... « cela n’arrive qu’aux autres », jusqu’au jour où un franc-tireur me fauchait mon père.
Vingt ans après la « soi-disant fin de la guerre » au Liban, les événements commençaient en Syrie : événements absurdes, commandités de l’intérieur et à distance, qui verront des destructions inimaginables de notre Alep natale, depuis les souks de ses entrailles jusqu’à la citadelle de sa carapace. Amine, ami d’enfance. Pourquoi rester là où la folie meurtrière l’emporte sur toute autre considération ? Tuer pour tuer, avec ou sans raison, et comme le dit Amine Maalouf « parce qu’ils ont une religion, ils se croient dispensés d’avoir une morale ». Vos déplacements fréquents, malgré mes supplications, entre Beyrouth et Alep, étaient devenus une partie de roulette russe : les cinq heures de route nécessaires étaient transformées en 24 heures de barrages, d’embûches, de guet-apens et de francs-tireurs. Et te voilà victime d’un fou, meurtrier d’Allah, de cruauté et de haine.
À ta maman, ton épouse, tes enfants et petits-enfants, tes frères et toute ta famille, puisse le bon Dieu de bonté et de miséricorde apporter le courage et la force de supporter pareille tragédie et puissent nos familles rester toujours aussi unies dans leurs générations futures.
Tes enfants et ceux de tes frères installés à l’étranger verront-ils le jour où ils pourront revenir vivre sur leur terre d’origine ? Notre cher Liban, terre d’accueil et pays-messager servira-t-il de tremplin, de passage obligé ou de destination définitive à tous ceux qui, comme nous dans ce Proche-Orient, croient essentiellement encore aux valeurs humaines ?

Jean-Marie MEGARBANÉ
Étrange destin que celui de certaines générations nées au Proche-Orient, et notamment à Alep, au courant du siècle écoulé et qui croyaient leur avenir aussi solide que la citadelle de la ville à laquelle ils appartenaient. Les parents d’Amine et les miens nous avaient réservé une jeunesse insouciante, partagée entre les amis, un Touring Club pour le jour et un club d’Alep pour les soirs, programmes qui se suivaient et toutefois... se ressemblaient. Un microcosme où la douceur de vivre la plus totale était assurée et réglée tel un métronome que rien ni personne ne semblaient pouvoir ébranler.Et pourtant... Un jour, dans les années 1960, certains sont partis et d’autres sont restés...Amine, les tiens avaient décidé de rester. Nous n`allions plus avoir la même vie. Et pourtant... La guerre du Liban éclatait 10...