À Bamako, des dizaines d’électeurs ont défié la pluie torrentielle pour aller voter, hier. Issouf Sanogo/AFP
Dans le quartier de Badalabougou, à Bamako, des dizaines d’électeurs avaient défié la pluie torrentielle pour se presser dès l’ouverture des bureaux de vote, à 08h00 GMT, devant l’école Mamadou Guindo, transformée en centre électoral. Au total, 21 000 bureaux de vote ont accueilli quelque sept millions d’électeurs, la plupart se trouvant dans le sud du pays, où vivent 90 % des 16 millions de Maliens et d’où est originaire Ibrahim Boubacar Keïta, dit IBK.
Candidat du Rassemblement pour le Mali (RPM), l’ancien Premier ministre a obtenu près de 40 % des suffrages au premier tour, le 28 juillet, sur la promesse de restaurer l’ordre et de rétablir l’honneur d’un pays qui a pu s’enorgueillir dans le passé d’être un îlot de stabilité dans une région instable. « Quel que soit le verdict des urnes, le Mali a déjà gagné, a-t-il déclaré après avoir voté à Bamako. Nous nous sommes rassemblés pour construire un nouveau Mali et lui donner un nouveau destin. » Sur les 25 candidats éliminés au premier tour, 22 ont apporté leur soutien à IBK, qui est âgé de 68 ans. Pour avoir réprimé des manifestations d’étudiants et des grèves quand il était à la tête du gouvernement, il s’est acquis une réputation de fermeté.
Le rival d’IBK, Soumaïla Cissé, de l’Union pour la République et la démocratie (URD), a obtenu un peu moins de 20 % des suffrages le 28 juillet. Voulant donner l’image d’un technicien expérimenté, il promet une réforme du système éducatif, des changements dans l’armée et la création de 500 000 emplois. Originaire des environs de Tombouctou, Soumaïla Cissé, 63 ans, a été ministre pendant une grande partie des années 90 et notamment ministre des Finances. Il a également passé sept années à la tête de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) au Burkina Faso voisin. « Je suis fier de notre peuple qui, en aussi peu de temps, nous a remis sur la voie de la République et de la démocratie », a-t-il déclaré.
Les résultats officiels devraient être annoncés en milieu de semaine, le temps de récupérer les données des bureaux de vote les plus reculés, et la Cour constitutionnelle a jusqu’à vendredi pour les valider.
Paris veut passer la main
Le vainqueur du scrutin devra reconstruire le pays après l’opération Serval lancée en janvier par la France, l’ancienne puissance coloniale, pour soustraire le Nord désertique à l’emprise des rebelles liés à el-Qaëda. Le nouveau chef de l’État devra aussi s’attaquer à une corruption endémique et construire une paix durable avec les Touareg, deux problèmes qui, combinés, ont conduit à l’éviction du président Amadou Toumani Touré par un coup d’État militaire en mars 2012. C’est à la faveur de la désorganisation qui avait suivi le putsch que les groupes islamistes s’étaient emparés de la partie nord du pays et menaçaient d’aller jusqu’à la capitale, Bamako.
La France a fait pression pour que les élections aient lieu rapidement. Elle est en train de retirer ses 3 000 hommes déployés dans le pays et de transmettre le relais à la force de maintien de la paix de l’ONU, la Minusma, dont les 12 600 hommes se déploient progressivement.
Représentants du MNLA et du gouvernement doivent se rencontrer dans les deux mois suivant le scrutin, conformément à un accord de cessez-le-feu. Les Touareg du MNLA menacent de reprendre les hostilités au cas où leurs revendications ne seraient pas prises au sérieux. « Je n’attendrai pas deux mois pour une réconciliation avec le Nord », a promis hier IBK.
Beaucoup au Mali ont espoir que la présidentielle permettra de changer le système en vigueur de « politique du consensus » par laquelle Amadou Toumani Touré se conciliait ses opposants politiques en leur offrant des postes au gouvernement sans mettre en œuvre les réformes nécessaires. « Je pense que nous allons voir un changement, estime Chris Fomunyoh, spécialiste de l’Afrique au National Democratic Institute à Washington. Les différences de personnalité entre les candidats sont si grandes que celui qui perdra, quel qu’il soit, créera une véritable opposition. »
(Source : Reuters)

