Wang Qiang, le coiffeur volant, aux commandes de son avion « fait maison » durant le festival à Hexigten. Mark Ralston/AFP
Ses soirées, il les consacre à bricoler son zinc, un petit appareil monoplace doté d’une carlingue en acier inoxydable, de roues récupérées sur un fauteuil roulant et d’un siège baquet provenant d’un ancien kart.
Il lui a fallu huit mois pour construire son engin qui peut atteindre une altitude de 3 500 mètres et une vitesse de 90 km/h, précise-t-il.
« Dans les campagnes, les gens jouent au mah-jong une fois sortis de leur boulot. Moi j’aime voler », confie Wang, qui a passé son enfance à cultiver du maïs et à épandre du lisier sur les parcelles de céréales de sa famille. Il fait partie de ce petit nombre de Chinois – on estime qu’ils seraient environ 2 000 – à posséder un avion privé.
Le week-end dernier, certains d’entre eux se sont retrouvés à Hexigten, dans la région chinoise de Mongolie intérieure, autour d’une vingtaine d’appareils dont des ULM. Ils ont pu contempler, d’en haut, les yourtes traditionnelles des habitants ainsi que les collines de cette zone rurale peu peuplée. Cette réunion, inspirée des meetings organisés aux États-Unis où des milliers de passionnés d’aviation peuvent converger en un même lieu, était la première de ce genre tenue en Chine. Un précédent meeting, prévu en 2011, avait été finalement interdit par les autorités. De fait, le ciel chinois ne s’ouvre que très lentement aux vols privés, même si les millionnaires locaux et les avionneurs étrangers attendent un essor en flèche du secteur. Le pays compte très peu d’avions légers et d’hélicoptères par rapport à son immense territoire et son économie florissante. La raison est que l’espace aérien de la Chine reste encore sous le contrôle étroit des militaires. Et l’assouplissement des restrictions imposées par l’Armée populaire de libération ne progresse pas à la vitesse souhaitée par beaucoup.
« Nous sommes loin derrière les États-Unis, souligne Zhang Feng, l’organisateur de la réunion de Hexigten. Nous souhaitons que cet événement serve à promouvoir l’ouverture de l’espace aérien chinois ».
Les « vols noirs »
Ding Lin, un pilote de chasse aujourd’hui à la retraite, est optimiste. « Revenez dans dix ans et vous verrez le ciel rempli d’avions », assure ce propriétaire d’un biplace à hélice fabriqué en France.
Mais pour l’heure, son constat est sévère. « (En Chine) on ne peut pratiquement voler nulle part. Il y a des gens qui sont venus jusqu’ici car ils n’ont pas l’occasion de prendre l’air partout ailleurs. »
Face aux difficultés qui existent pour obtenir des autorités l’approbation d’un plan de vol privé, des pilotes amateurs choisissent donc de voler clandestinement, une pratique connue en Chine sous l’expression de « vols noirs ».
« Souvent, il n’y a pas d’autre alternative, glisse M. Zhang. Si vous devez annoncer vos vols à l’avance, cela vous fait perdre tout sentiment de liberté. »
La plupart de ses compagnons de vol ont un train de vie aisé, leur permettant d’assumer le coût de formation pour décrocher leur brevet de pilotage ainsi que leur licence aérienne, soit un total d’environ 25 000 euros. Mais d’autres tiennent moins de la jet-set que de l’inventeur féru de techniques. Un des participants, Shu Bin, a bricolé lui-même son propre hélicoptère en disséquant à la loupe des photos téléchargées sur Internet.
Wang Qiang, le coiffeur, s’est, lui, inspiré pour son avion des biplans construits par Feng Ru, un immigrant parti aux États-Unis qui, en 1909, était devenu le premier Chinois à construire un avion en utilisant des plans empruntés aux frères Wright. Feng est décédé en 1912, la main sur le manche de son appareil, en s’écrasant lors d’une démonstration aérienne, après être rentré en Chine à l’invitation du leader révolutionnaire Sun Yat-Sen.
(Source : AFP)


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