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Moyen Orient et Monde - Égypte

Beblawi n’exclut pas une participation des pro-Morsi au gouvernement

Entre soutien saoudien, compréhension américaine et « ingérence » iranienne...
Le nouveau Premier ministre égyptien Hazem Beblawi a affirmé hier ne pas exclure une participation des Frères musulmans au gouvernement de transition qu’il s’efforce de former, en dépit de la défiance des partisans de l’ex-président Mohammad Morsi. M. Beblawi a indiqué qu’il réfléchissait toujours à la composition de son gouvernement. « Jusque-là, je n’ai contacté personne », a-t-il relevé, expliquant vouloir identifier les meilleurs candidats sur « deux critères : l’efficacité et la crédibilité ». « Je ne me préoccupe pas de l’appartenance politique », a encore assuré cet ancien vice-Premier ministre. Si quelqu’un est proposé par le Parti de la liberté et de la justice (PLJ, bras politique de la confrérie islamiste) et que cette personne est qualifiée, sa nomination pourra être envisagée, a-t-il fait valoir.
Hazem Beblawi a ainsi relayé une offre évoquée par la présidence et rejetée dès mercredi par les Frères musulmans qui ont écarté toute possibilité de pactiser « avec des putschistes ».
La tâche du nouveau chef du gouvernement, 76 ans, s’annonce particulièrement ardue. Sa première mission est de maintenir sur les rails le processus de transition politique édicté par le président intérimaire Adly Mansour, qui prévoit notamment l’adoption d’une nouvelle Constitution et la tenue de législatives d’ici au début 2014. Ce cadre institutionnel a là aussi été rejeté par les islamistes, et il est critiqué par les laïcs anti-Morsi, qui ont promis de présenter des amendements.

Dans la rue, la tension...
Dans la rue, le climat de grande tension persiste. La défiance des pro-Morsi à l’égard des nouvelles autorités a été renforcée par le lancement mercredi d’un nouveau mandat d’arrêt contre le guide suprême des Frères musulmans, Mohammad Badie, et d’autres responsables de la confrérie.
Les arrestations de militants islamistes en Égypte laissent difficilement espérer une sortie de la crise politique dans laquelle le pays est plongé, depuis huit jours, a estimé hier le département d’État américain. « Les arrestations observées au cours des derniers jours, qui visent des groupes particuliers, ne correspondent pas à la réconciliation nationale que le gouvernement de transition et l’armée disent rechercher », a ainsi déclaré Jen Psaki, porte-parole du département d’État.
Le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius s’est, quant à lui, entretenu hier avec le vice-président égyptien Mohammad el-Baradei, soulignant « la nécessité de refuser les violences “et un” retour le plus rapide possible à un processus électoral démocratique ».
Dans le même temps, l’Égypte a accusé hier l’Iran d’« ingérence inacceptable » dans ses affaires intérieures après les critiques iraniennes contre la destitution de M. Morsi.
Les troubles sociaux et la diminution des réserves de change en Égypte engendrent de sérieuses inquiétudes pour la sécurité alimentaire du pays le plus peuplé du monde arabe, a estimé par ailleurs l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).

Obama dénigré par les pro et anti-Morsi
Dans ce contexte de « flou de la vie politique », alors qu’il y a quatre ans, Barack Obama était ovationné à l’université du Caire après avoir appelé à un nouveau dialogue entre les États-Unis et le monde musulman, il est aujourd’hui vilipendé, autant par les jeunes de la place Tahrir que par les islamistes. Le président américain a vite déçu la jeunesse égyptienne et l’espoir d’un changement des relations avec Washington s’est définitivement envolé. Les Égyptiens se plaignent notamment d’une politique qu’ils jugent encore trop favorable à Israël.
En 2011, le président des États-Unis s’est en outre attiré les foudres des Égyptiens en tardant à retirer son soutien à l’ancien président Hosni Moubarak lors du soulèvement du printemps du Nil qui l’a chassé du pouvoir. Aujourd’hui, quel que soit le camp à qui l’on s’adresse, le président des États-Unis fait figure de « méchant ». Les partisans de Mohammad Morsi sont furieux contre les États-Unis. Pour eux, Washington a autorisé, voire préparé, ce qu’ils considèrent comme un coup d’État. Mais les Égyptiens non islamistes sont également agacés et jugent que les États-Unis se sont alliés aux Frères musulmans depuis l’élection de Mohammad Morsi.
Les autorités provisoires égyptiennes jugent quant à elles que les États-Unis ont manifesté leur « compréhension » à l’égard du renversement de M. Morsi en déclarant que la présidence du chef de l’État islamiste n’avait pas été démocratique.

Frères en arrière, salafistes devant
Pendant ce temps, alors que les Frères musulmans ne décolèrent pas d’avoir été dépossédés par l’armée d’un pouvoir qu’ils avaient gagné dans les urnes, les salafistes du parti al-Nour espèrent leur voler les faveurs des électeurs conservateurs lors des prochaines élections.
Loin de se réjouir de la chute de ses rivaux, la deuxième force islamiste du pays s’inquiète pourtant des conséquences de l’impopularité de la confrérie sur l’ensemble du mouvement religieux. Courtisé par l’armée, al-Nour s’est imposé comme un acteur clé de la transition politique balbutiante en opposant son veto à la nomination au poste de Premier ministre de deux libéraux, avant d’accepter celle de l’économiste M. Beblawi.
Défendant une vision très puritaine de l’islam, le parti al-Nour avait pesé sur la rédaction de la Constitution adoptée en décembre par référendum. Allié des Frères musulmans à cette occasion, le parti s’est détaché de la confrérie par la suite, jusqu’à se présenter en médiateur quand la crise politique s’est aggravée cette année, puis s’en désolidariser totalement lorsque l’armée a lancé un ultimatum à Mohammad Morsi.

Les milliards de l’Arabie
Les militaires soignent, depuis, le seul mouvement islamiste à avoir adhéré à leur « feuille de route », ce qui s’est senti dans la terminologie religieuse de la déclaration constitutionnelle du président par intérim, rejetée pour cette raison par les libéraux. « Nous tenons à la position d’al-Nour et nous pensons que ce parti a un avenir en Égypte », confie une source militaire sous le sceau de l’anonymat.
L’approche conciliante d’al-Nour n’est pas sans risque, et le parti l’a bien compris en « suspendant » sa participation au processus de transition après le massacre de 55 manifestants pro-Morsi par l’armée. Mais le mouvement salafiste, soutenu par l’Arabie saoudite, qui déteste les Frères musulmans et vient de promettre cinq milliards de dollars d’aide à l’Égypte, entend avoir son mot à dire dans les mois qui viennent. Si al-Nour dit ne pas briguer de fauteuils ministériels, son porte-parole Nader Bakkar précise qu’il offrira ses « conseils » au gouvernement intérimaire.
Accusé de « trahison » par les Frères musulmans et d’autres islamistes radicaux, le chef du parti salafiste Younes Makhioun se défend en affirmant qu’il a décidé de coopérer avec l’armée par nécessité et non par choix. En participant à la transition, explique-t-il, al-Nour permet de faire entendre les revendications religieuses et d’éviter ainsi que le processus ne soit totalement contrôlé par les libéraux.
(Sources : agences)
Le nouveau Premier ministre égyptien Hazem Beblawi a affirmé hier ne pas exclure une participation des Frères musulmans au gouvernement de transition qu’il s’efforce de former, en dépit de la défiance des partisans de l’ex-président Mohammad Morsi. M. Beblawi a indiqué qu’il réfléchissait toujours à la composition de son gouvernement. « Jusque-là, je n’ai contacté personne », a-t-il relevé, expliquant vouloir identifier les meilleurs candidats sur « deux critères : l’efficacité et la crédibilité ». « Je ne me préoccupe pas de l’appartenance politique », a encore assuré cet ancien vice-Premier ministre. Si quelqu’un est proposé par le Parti de la liberté et de la justice (PLJ, bras politique de la confrérie islamiste) et que cette personne est qualifiée, sa nomination pourra être...
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