Delphine Batho et son successeur Philippe Martin, lors de la cérémonie de passation des pouvoirs au ministère de l’Écologie, hier, à Paris. Philippe Wojazer/Reuters
Il n’en reste pas moins que le départ de Delphine Batho, sur fond de rigueur budgétaire, constitue la plus grave crise du gouvernement de Jean-Marc Ayrault depuis celui le 19 mars de l’ancien ministre du Budget, Jérôme Cahuzac, pour avoir menti sur l’existence d’un compte bancaire secret à l’étranger. Ironie de l’histoire, les écologistes d’Europe Écologie-Les Verts se sont sentis solidaires de Delphine Batho, dont ils jugeaient pourtant l’action discrète. Mercredi, l’un des deux ministres, Pascal Canfin, a qualifié de « signal d’alarme » la décision présidentielle et menacé de quitter le gouvernement avec sa collègue Cécile Duflot (Logement) en cas de nouveaux « rendez-vous ratés » avec l’écologie. Signe d’hésitations et de tensions internes, ces deux membres du gouvernement avaient mardi soir écarté « assez vite » toute démission lors d’une réunion convoquée en urgence des dirigeants d’EELV. En interne, des voix plaident pourtant ouvertement pour un départ, comme celle du député Noël Mamère : « Est-ce qu’on va continuer à recevoir des coups sur la tête, y compris quelquefois des coups de massue... et continuer à dire merci au gouvernement ? »
L’affaire Batho peut-elle porter un coup mortel à l’accord électoral passé par EELV avec les socialistes avant la victoire de François Hollande en mai 2012, moins d’un an des élections locales de mars 2014 ? Minoritaires, les écologistes ont davantage besoin de cet accord que leurs partenaires socialistes, qui disposent encore d’une petite majorité absolue à l’Assemblée nationale pour le vote des lois. L’accord a déjà survécu à d’autres tensions. La prédécesseur de Delphine Batho à l’Écologie, la socialiste Nicole Bricq, avait déjà dû quitter son ministère, dès juin 2012, pour s’être opposée à des forages pétroliers au large de la Guyane. Ce qu’avaient dénoncé des voix écolos. En octobre, les écologistes avaient aussi voté majoritairement contre le Pacte européen de stabilité budgétaire et plusieurs de leurs responsables ont exprimé leur inquiétude devant la politique de rigueur budgétaire. Les écologistes s’opposent aussi frontalement au Premier ministre Jean-Marc Ayrault en manifestant contre son projet d’aéroport dans sa ville de Nantes.
(Source : AFP)

