MM. Cortbaoui (au centre) et Daouk (à gauche) lors de la conférence de presse qui a suivi la réunion avec les responsables de la justice et des médias.
« Il y a des lacunes au niveau de la justice, et nous travaillons à les combler. Mais cela ne justifie pas que les journalistes soient habilités à détruire la réputation d’un juge dès que l’un de ses jugements ne leur plaît pas. » Ces propos ont été tenus hier par le ministre de la Justice Chakib Cortbaoui dans une conférence de presse commune avec le ministre de l’Information Walid Daouk, à l’issue d’une réunion entre les deux hommes portant sur les médias et la justice, à laquelle ont assisté les directeurs généraux des deux ministères, Omar Natour et Hassan Falha, ainsi que de grands responsables judiciaires, les bâtonniers de Beyrouth et du Nord, et les présidents des ordres de la presse et des journalistes.
« Nous avons tenu cette réunion pour discuter de la situation de ce pouvoir que l’on appelle médias, a déclaré M. Cortbaoui. Il est vrai que les médias sont devenus le quatrième pouvoir, mais tout pouvoir implique une responsabilité. Il est du droit des médias d’exercer un contrôle sur tout le monde, mais sans perdre de vue cette responsabilité. » Le ministre a fortement critiqué « les enquêtes journalistiques qui font de tous les détenus des innocents et prétendent que tous les juges commettent des injustices ». Il a aussi dénoncé « l’exacerbation des sentiments confessionnels par la voie des médias ».
Le ministre a appelé les journalistes plus spécifiquement « à ne pas publier des articles qui attaquent les juges sur le plan personnel ». « Dès qu’il y a un problème, nous lisons dans la presse des articles qui tentent de faire pression sur le juge, a-t-il ajouté. J’estime qu’il faut laisser le juge travailler en paix. Quand j’étais bâtonnier, j’avais dit un jour que la politique est changeante et qu’il faut laisser les juges faire leur travail suivant la loi, loin des ingérences. Un an plus tard, il s’est avéré que j’avais raison. Nous demandons l’aide des médias pour protéger la justice et la paix civile. S’il y a des juges qui ne font pas leur travail, ils en seront pénalisés. »
Sur la question des lacunes dans la justice, M. Cortbaoui a révélé que de nouvelles statistiques ont été effectuées dans les tribunaux du Liban. « Ces statistiques ont montré qu’il existe de bonnes comme de mauvaises pratiques, a-t-il dit. Elles seront prises en compte lors des prochaines nominations. Nous disposons également de recensements sur toutes les personnes arrêtées et sur tous les prisonniers. Nous pouvons savoir facilement où en est le dossier de chaque détenu. »
« Aidez-nous a montrer la justice sous son vrai jour, pour notre bien à tous », a-t-il ajouté.
Un comité et un congrès
M. Cortbaoui a annoncé qu’un congrès sera organisé, auquel seront conviés tous les médias, « afin de renforcer le sens des responsabilités nationales des juges comme des journalistes ». « Les deux pouvoirs ont des responsabilités, le plus important est de préserver la paix civile, a-t-il poursuivi. Il ne faut pas détruire la justice, mais toujours voir la moitié pleine du verre. »
Pour sa part, M. Daouk a salué le pacte d’honneur qui a récemment été signé par la plupart des journalistes. « Mais il faut en attendre l’application », a-t-il dit. « Il est nécessaire que les journalistes définissent leurs propres garde-fous, dans le cadre d’une liberté d’expression que nous considérons comme sacrée, a-t-il ajouté. Mais la liberté ne signifie pas le chaos. Dans certains talk-shows télévisés, les invités ne sont pas au niveau requis. Leur dialogue ramène le conflit de rue au petit écran, et il entre dans toutes les maisons sans aucun contrôle. »
Et le ministre de conclure : « Notre réunion visait à rassurer la justice sur le fait que nous voulons la protéger des attaques médiatiques injustifiées, suivant les règles. Mais nous l’avons également appelée à prendre les mesures nécessaires afin de traiter les dossiers assez rapidement pour protéger la paix civile. Nous avons, sur un autre plan, décidé de créer un comité qui garderait les médias au courant des grandes réalisations de la justice. »
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