Wafa Saab, personnalité de l’année 2012 pour l’industrie.
Son agenda extrêmement chargé ne lui fait pas perdre patience, bien au contraire. C’est avec efficacité et une grande discrétion qu’elle continue d’intervenir dans des domaines différents et complémentaires. Dans le désordre, et sans priorités car ils sont tous et chacun une priorité, outre la direction de Tinol, qu’elle a superbement rajeuni et développé, Wafa Saab est membre du comité exécutif du Festival de Beiteddine, membre directoire de l’ONG Civic Influence Hub et membre active de la Croix-Rouge libanaise et du comité Motherhood Liban. Voilà pour l’énumération et les titres. Reste l’essentiel... le parcours, les choix, la détermination silencieuse, qui lui ont permis d’être élue « personnalité de l’année 2012 » pour l’industrie, parallèlement à quatre autres personnalités, chacune dans son domaine professionnel : Riad Salamé, Joseph Torbey, Assaad Mirza et Merhi Abou Merhi.
Dans les coulisses de la famille
Fière, elle l’est certainement. La mère, la femme, d’arriver ainsi à s’imposer dans un monde d’hommes. Et d’être à la tête de la société familiale Tinol et de ses 170 employés. « La famille, c’est sacré », aime-t-elle à rappeler. Créée en 1956 par Farid Saab, rejoint plus tard par ses frères Riad et Ziad, il invite son épouse en 2000 à « venir voir ce que tu peux faire ». Elle choisira, sans doute dans un réflexe très féminin, de dépoussiérer l’image de la marque, de s’occuper des ressources humaines, puis du marketing, et, dans les coulisses, du fonctionnement interne. Elle s’acquitte parfaitement de cette tâche jusqu’en 2009, au décès de son beau-frère Ziad, lorsqu’elle devient directrice générale de cette boîte spécialisée dans la peinture, et qui appartient un peu au paysage libanais. « C’est mon époux qui me l’a demandé, précise-t-elle. J’ai accepté parce qu’il avait besoin de moi et qu’il fallait remplir ce vide. J’ai surtout changé la culture du management. » À la disparition de ce dernier, Wafa prend en main la présidence de la boîte, qu’elle cèdera à son fils Chaker en 2012. « Il faut responsabiliser la jeune génération et organiser la succession dans la continuité. » Pour le faire, un conseil d’administration a été mis sur pied, comprenant, outre Chaker et Wafa, sa fille Dana et ses neveux Samir et Raya. Elle n’oublie pas pour autant Nayla, designer qui s’épanouit dans la joaillerie sous le label Or la loi. « Je suis derrière elle, avec elle, dans le concept, les boutiques... » Et comme si tout cela ne suffisait pas, et parce que le Liban, c’est un peu comme la famille, sacré, elle se lance, officiellement, en avril 2012, avec un groupe de compatriotes également concernés par l’état désespéré du pays, dans la création du Lebanese Civic Influence Hub. « Apolitiques, même si nous avons nos avis, nous avons voulu imposer une nouvelle vision et un certain nombre d’initiatives économiques fédératrices adaptables dans toutes nos régions, et créer une nouvelle dynamique qui permettra aux Libanais de multiplier leurs chances. »
Le groupe, une trentaine d’hommes et de femmes d’affaires, « en fait trois femmes, Myrna Bustani, Naila Kattaneh Kunigk et moi, et... 27 hommes », ont démarré avec un premier projet sur l’eau baptisé « Blue Gold », qui sera suivi par une émission télévisée, State Academy, prévue dans quelques mois et sur onze semaines, et qui mettra en avant un certain nombre de candidats avec un projet socio-économique intéressant. « Le lauréat sera aidé dans la réalisation de ses objectifs à travers des partenaires que nous lui aurions assurés. Des citoyens qui, comme nous, croient en leur pays. »
Alors, lorsqu’on lui demande comment elle trouve le temps de faire tout ça, et d’être une mère et une grand-mère présente, elle répond, très calmement, et en souriant : « Je suis bien organisée et je travaille beaucoup... »

