Des civils inspectant les dégâts causés à l’entrée d’un immeuble lors des manifestations de jeudi soir. Pablo Porciuncula /AFP
Au lendemain de manifestations historiques et émaillées de violences, les autorités brésiliennes se retrouvaient hier pressées de répondre à la fronde sociale qui ébranle le géant d’Amérique latine à un an du Mondial de football. Selon les décomptes des médias, plus de 1,25 million de manifestants ont déferlé jeudi soir dans les rues de ce pays émergent, septième puissance économique mondiale, dont le « miracle économique » et social était vanté il y a encore peu dans le monde entier. Les manifestants ont exprimé, souvent avec humour, parfois avec grande violence, le profond ras-le-bol de nombreux Brésiliens face à des services publics indigents, à la corruption de la classe politique et aux dépenses somptuaires, 11 milliards d’euros, engagées pour l’organisation du Mondial 2014 de football.
Convoquées sur les réseaux sociaux par des jeunes issus de la classe moyenne rejetant farouchement toute étiquette, ces manifestations, majoritairement pacifiques au départ, ont donné lieu à de nombreux affrontements avec la police et à des scènes de pillage. Un jeune homme de 18 ans renversé par une voiture a trouvé la mort et une Brésilienne de 54 ans est décédée jeudi à Belem do Para (Amazonie) d’une crise cardiaque après l’explosion d’une bombe lacrymogène. Des dizaines de manifestants ont été blessés, dont plusieurs grièvement.
Face à l’ampleur du mouvement, la présidence a d’abord annoncé l’annulation d’une visite d’État au Japon de Dilma Rousseff. La présidente de gauche a convoqué ses principaux ministres, dont celui de la justice Eduardo Cardoso, à une réunion de crise hier à Brasilia, selon les sites des trois principaux journaux du pays. Selon le Folha de São Paulo, les participants devaient tenter de cerner les attentes des manifestants et évaluer la possibilité d’une adresse radiotélévisée de la présidente à la nation. Les autorités de Brasilia ont été « effrayées » et « choquées » par l’attaque du ministère des Affaires étrangères jeudi soir par un groupe de manifestants, repoussée in extremis par la police, ajoute le site.
« Muettes »
La classe politique brésilienne dans son ensemble apparaît totalement submergée par une lame de fond qu’elle n’a pas vu venir et qui ne cesse de grossir. Après une semaine d’inertie et de manifestations d’abord violemment réprimées, les autorités ont pensé pouvoir désamorcer la crise en renonçant à l’augmentation du tarif des transports en commun qui avait allumé la mèche. Mais rien n’y a fait. Jeudi, en pleine bourrasque, les autorités n’ont pas bronché. « On a des manifestants sans leaders face à des hommes politiques sans leadership. Les autorités sont restées muettes. Dilma est restée enfermée toute la soirée, muette. Les maires, les gouverneurs sont restés muets », regrettait hier l’éditorialiste du Folha. La présidente ne s’est en effet exprimée qu’une fois depuis le début de la crise, mardi, au lendemain d’une première journée de manifestations massives qui avaient réuni 250 000 personnes.
Le maire de Rio, Edouard Paes, a toutefois condamné hier les violences et actes de vandalisme qui ont émaillé la manifestation historique de la veille et dressé le bilan des dégâts. « Je n’ai aucun doute que la plupart des manifestants avaient de bonnes intentions et cherchaient à défendre leurs droits », a déclaré le maire au cours d’une conférence de presse à l’hôtel de ville. « Mais malheureusement des groupes, une minorité certes, mais par leurs actes de vandalisme, ont fini par ternir cette manifestation qui fait partie de l’histoire démocratique de la ville », a ajouté M. Paes avant de faire état du bilan des violences qui ont fait « 62 blessés, dont huit gardes municipaux », selon lui.
Et le chef de cabinet à la présidence, Gilberto Carvalho, a averti hier que le Brésil doit se préparer à l’éventualité que les manifestations qui secouent le pays affectent les Journées mondiales de la jeunesse catholique (JMJ) et la visite du pape François en juillet à Rio de Janeiro. « La situation évolue tellement vite qu’on ne peut pas faire de prophétie, dire qu’il va se passer ceci ou cela. Ce serait téméraire mais nous devons être préparés », a ajouté ce responsable. Les Journées mondiales de la jeunesse catholique sont programmées entre le 23 et le 28 juillet à Rio, et plus de deux millions de jeunes pèlerins sont attendues à ces rencontres en présence du nouveau pape François qui y fera son premier grand déplacement à l’étranger.
(Sources : agences)
Lire aussi
Troupes d’élite pour la Coupe des confédérations, heurts à Fortaleza

