Tarek Mitri s’adressant à la presse.
Le représentant spécial du secrétaire général et chef de la Mission d’appui des Nations unies en Libye (Manul), Tarek Mitri, qui se trouvait à New York les mardi et mercredi derniers, a soulevé devant le Conseil de sécurité les défis sécuritaires et la faiblesse des institutions qui continuent d’entraver la transition en Libye. Que sont donc devenues les « grandes promesses de la révolution libyenne » ? Lors d’un entretien accordé hier à L’Orient-Le Jour, à New York, l’ex-ministre libanais Tarek Mitri affiche son optimisme en dépit du « chemin plus long et beaucoup plus ardu que prévu », car « la transition vers la démocratie en Libye est possible ».
À l’ONU, le chef de la Manul est porteur d’un message. « J’ai essayé d’être à la fois sobre et lucide dans mon rapport au Conseil de sécurité de l’ONU, explique-t-il. Suite à l’agréable surprise des élections de 2012, on avait cru que le processus de démocratisation et la construction d’un État de droit étaient sur les rails, que les choses allaient avancer plus vite, et que ce processus était d’une certaine manière irréversible. Je continue à croire que la transition vers la démocratie en Libye est possible. Je pense aussi que la construction d’un État de droit est souhaitée par la majorité des Libyens, mais le chemin est plus long et beaucoup plus ardu qu’on ne l’a prévu, » a-t-il laissé entendre.
La force des motivations
« L’approche classique » du problème ne semble pas avoir porté ses fruits. Malgré tous les efforts, un certain nombre de problèmes « demeurent non résolus », analyse M. Mitri. « Le plus épineux est celui de l’avenir des Brigades révolutionnaires qu’on appelle milices mais qui ne sont pas des milices dans le sens classique du terme », estime-t-il. « On pensait que leur désarmement et leur démobilisation étaient possibles, et le problème technique. Il fallait avoir une idée claire du genre d’armée et de police dont la Libye a besoin, avoir une architecture des institutions militaires et sécuritaires légitimes, avoir une politique de compensation et aider les jeunes qui ne choisissent pas d’intégrer l’armée ou la police à se réintégrer sur le marché du travail », explique-t-il. « Les Nations unies et les États amis de la Libye, en collaboration avec le gouvernement libyen, ont élaboré les plans nécessaires dans cet objectif, y compris un Livre blanc sur la défense et un autre Livre blanc sur la police. Mais tous ont négligé de reconnaître la force des motivations politiques des révolutionnaires », a-t-il souligné.
Modus operandi
Quelles sont ces motivations ? Il s’agit du « déficit de leur représentation politique ». « Les Brigades révolutionnaires refusent d’être perçues comme obstacle à la transition vers la démocratie. Ils se perçoivent comme acteurs politiques. Donc rien ne peut être mis à exécution sans un préalable qui est celui des négociations politiques avec eux, note-t-il. Ils se disent détenteurs d’une légitimité révolutionnaire, alors que le Congrès national et le gouvernement ont une légitimité électorale. Elle n’est pas encore constitutionnelle, puisque la Libye n’a pas de Constitution. D’une certaine manière, ils pensent que leur légitimité révolutionnaire est supérieure à la légitimité électorale qui n’est que partielle et provisoire. Ils considèrent aussi qu’ils ont été exclus du processus politique, car ils étaient occupés à faire la révolution lorsque les élections ont eu lieu », explique le responsable onusien.
La solution ? « Dans cette logique, il est important d’œuvrer avec eux pour un modus operandi. » La tâche est toutefois « extrêmement difficile ». « Il est indispensable de faciliter un dialogue politique entre le gouvernement et les Brigades révolutionnaires », constate-t-il. Ces brigades, qui comptent environ « 150 000 à 160 000 hommes inscrits sur des listes de porteurs d’arme », ne constituent pas un « bloc monolithique ». Elles ont « des motivations idéologiques et religieuses diverses, dont des islamistes, certains radicaux, d’autres moins radicaux, des salafistes modérés et un peu moins modérés. Mais il y a aussi des brigades qui ont une base tribale ou locale qui sont implantées dans une ville et défendent les intérêts régionaux. La réalité des brigades révolutionnaires est plurielle, » décrit-il.
Espoir...
Quel espoir de succès ? « Si je reste, c’est que je garde l’espoir. Mais il faut garder l’espoir sans se faire d’illusions, » confie Tarek Mitri. Bien que « les choses avancent lentement, les progrès insuffisants et les problèmes énormes, nous n’allons pas nous laisser décourager ! assure-t-il. Un grand nombre de Libyens souhaitent, demandent et exigent que la communauté internationale vienne à leur secours », note-t-il. La Libye est un pays qui a une mémoire de gratitude vis-à-vis des Nations unies qui ont facilité l’accès à l’indépendance avec une résolution de l’Assemblée générale et ont aidé les Libyens à élaborer leur première Constitution en 1951, et les Libyens s’en souviennent, affirme-t-il. Et d’ajouter : « La Libye est aussi un pays où l’intervention militaire de la communauté internationale avait pour but de protéger la population civile, même si elle a été plus loin. »
« C’est un pays où cette aide fut à la fois rapide et décisive et ceux qui ont intervenu militairement sont partis aussitôt que leur mission eut été accomplie. Dans l’histoire récente, la Libye est un cas à part. Les Libyens ont de grandes attentes à l’égard de la communauté internationale qui ne peut toutefois faire le travail à leur place. Elle leur apporte conseil, soutien et assistance technique, mais c’est à eux de construire leurs institutions et d’aller de l’avant dans le processus politique », souligne Tarek Mitri.
Enjeu politique et rôle de la femme
Qu’en est-il des ressources naturelles de la Libye : pétrole, gaz et autres, enjeu principal de la guerre libyenne ? Est-ce la course aux gros contrats ? Rien n’a changé. « Ce sont les mêmes compagnies qui étaient là avant la révolution qui gèrent maintenant les ressources naturelles. L’enjeu de la Libye est politique, car elle occupe une position stratégique. Pour l’Europe, la Libye est la porte de l’Afrique, un point de passage pour le flux migratoire vers l’UE. La Libye est donc importante pour ce qu’elle est et non seulement pour ce qu’elle a », affirme le responsable onusien.
Quel rôle pour la femme dans la nouvelle Constitution libyenne ? « Un quota a été alloué aux femmes lors des élections de 2012 permettant l’élection de 33 femmes au Congrès national. La Libye compte un grand nombre de femmes très actives et politisées. » De nombreuses organisations se battent pour une plus grande participation à la vie publique. Les Nations unies les soutiennent et leur souhaitent un plus grand rôle lors des élections à venir de l’Assemblée constituante, prévues fin 2013. « Il est essentiel de créer les mécanismes nécessaires, les mesures spéciales, pour permettre une représentation plus inclusive des femmes », a-t-il laissé entendre. Et d’ajouter : « La société libyenne est assez conservatrice, mais les femmes peuvent jouer un rôle dans la révolution. Il faudrait donner un coup de pouce à leur participation à la vie publique en mettant en place soit un système de quota, soit des sièges réservés aux femmes pour s’assurer que dans les organes élus il y ait une représentation féminine adéquate. C’est un engagement des Nations unies, mais c’est aussi un engagement des femmes libyennes. Et nous sommes à leurs côtés », assure-t-il.
Créer un espace politique
L’expertise libanaise lui sert-elle dans sa mission en Libye ? « Je suis libanais, donc arabe », assure fièrement Tarek Mitri. « Je pense qu’en me proposant d’être représentant spécial du secrétaire général en Libye, les Nations unies avaient à l’esprit ma capacité de dialogue avec les Libyens et les affinités culturelles qui me permettraient de faire au mieux mon travail », souligne-t-il. « Je dois dire que j’ai été très bien reçu en Libye. À ma surprise, j’ai réalisé que de nombreux Libyens me connaissaient, m’avaient vu à la télévision lorsque j’étais ministre et me rappellent parfois des choses que j’avais dites », s’exclame-t-il. « Le peuple libyen est amical à l’égard des Libanais. Je crois que de tous les peuples arabes, nous sommes les plus proches d’eux. En tant que Libanais, je dispose donc d’un petit capital de confiance et de sympathie que j’ai utilisé pour mieux m’atteler à mes charges », confie-t-il.
Il conclut en disant se « concentrer sur un double travail : celui de mieux expliquer la Libye à la communauté internationale et de mieux expliquer la communauté internationale à la Libye, ainsi que de faciliter le dialogue entre les diverses composantes de la société libyenne. Car s’il est vrai que la Libye a un Congrès national élu et un gouvernement légitime, cela est insuffisant. Il faut créer un espace politique où les révolutionnaires, les chefs tribaux, la société civile trouvent leur place. Il faudrait que tous les acteurs de la vie publique en Libye se retrouvent dans cet espace et je pense que mon rôle est d’aider à créer cet espace ».
À l’ONU, le chef de la Manul est porteur d’un message. « J’ai essayé d’être à la fois sobre et lucide dans mon rapport au Conseil de...


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine
MAINTES TRIBUS COMPOSENT LA LYBIE OU LA BERBÉRIE. LA DÉMOCRATIE ? HUUUMMM ! QUELLE DÉMOCRATIE ?
18 h 00, le 21 juin 2013