Massoud Barzani (à gauche) a qualifié la visite de Nouri el-Maliki (à droite) de « visite importante ». Safin Hamed/AFP
Et dans ce pays où la bureaucratie est reine, les enquêteurs ont toutes les peines du monde à mettre la main sur les propriétaires des véhicules. La faute incombe aux règles improbables sur la vente et la revente des voitures d’occasion mises en place après l’invasion de l’Irak en 2003. « Les forces de sécurité ont retrouvé les plaques d’immatriculation de certaines voitures piégées qui avaient explosé », explique un haut responsable sous couvert d’anonymat. « Mais nous éprouvons d’énormes difficultés à découvrir les propriétaires. Certaines voitures ont changé de propriétaire plus d’une douzaine de fois », poursuit-il. Lorsque les taxes à l’importation ont été drastiquement réduites dans la foulée de l’invasion, le parc automobile irakien a été submergé par un nombre incalculable de nouvelles voitures. Il n’était alors pas rare de voir des véhicules dont les propriétaires n’étaient pas en mesure de présenter les papiers.
Devant cette aberration, les autorités ont mis en place un système temporaire de plaques d’immatriculation. Les voitures achetées après l’invasion de mars 2003 devaient être dotées de plaques noires pour les différencier des véhicules acquis avant l’invasion, arborant, elles, des plaques blanches. Cette mesure aurait dû être balayée avec le temps, mais elle est restée en place pendant plusieurs années. La création d’un registre national des automobiles se fait attendre et entre-temps, les propriétaires des voitures aux plaques noires ont commencé à revendre leurs véhicules. Las, le système « temporaire » ne leur permettant pas d’obtenir les papiers idoines, vendeurs et acheteurs se retrouvaient chez le notaire pour officialiser la transaction. Entre-temps, un nouveau système d’enregistrement des véhicules a été mis en place, mais les voitures aux plaques noires n’y sont pas toutes inscrites, loin s’en faut.
Aujourd’hui, selon les autorités irakiennes, plus de 600 000 voitures aux plaques noires sont donc « orphelines » de tout propriétaire, et les forces de sécurité pensent que nombre de voitures aux plaques noires ont été utilisées pour commettre des attentats récemment. D’où l’extrême difficulté à mettre la main sur leurs propriétaires. Du coup, police et armée se montrent bien plus suspicieuses des voitures aux plaques noires, dont la circulation est d’ailleurs très sévèrement encadrée. Et pour certains, les errements de l’administration ont eu des conséquences cauchemardesques. Il y a quelques jours, alors qu’elle enquêtait sur un double attentat à la voiture piégée survenu dans le quartier d’Habibiyah le 27 mai, la police a fait irruption chez Imad el-Azzaoui, assurant que sa voiture aux plaques noires avait servi à l’attaque. M. Azzaoui a expliqué qu’il avait bien été le premier propriétaire du véhicule mais qu’il l’avait revendu depuis. Incapable de retrouver l’actuel propriétaire, la police a donc arrêté Imad al-Azzaoui... puisque son seul nom apparaissait sur le titre de propriété. Interrogé sur le cas de M. Azzaoui, un haut responsable des forces de sécurité a toutefois jugé sa libération probable.
Relations exécrables
Dans ce contexte de tension extrême, le Conseil des ministres présidé par le Premier ministre Nouri el-Maliki s’est exceptionnellement tenu hier à Erbil, la capitale du Kurdistan irakien, pour tenter d’apaiser les tensions entre Bagdad et la région autonome. Les deux entités, qui s’opposent sur une palette de dossiers allant des hydrocarbures à des différends territoriaux, ne sont parvenues à aucun accord, mais Massoud Barzani, le président de la région autonome, a qualifié la venue du gouvernement de « visite importante ». Cela marque « un début pour résoudre tous les problèmes », a-t-il souligné au cours d’une conférence de presse commune avec M. Maliki à l’issue du Conseil des ministres.
Les relations entre le gouvernement de M. Maliki et les autorités du Kurdistan irakien, dans le nord du pays, sont notoirement exécrables. Bagdad enrage de voir Erbil signer des contrats avec des compagnies pétrolières étrangères en se passant de son accord et l’accuse d’exporter son pétrole vers la Turquie voisine de façon « illégale ». Au chapitre territorial, le Kurdistan et le gouvernement de M. Maliki revendiquent tous deux une large bande de territoire riche en pétrole, qui comprend la ville de Kirkouk, où cohabitent Arabes, Kurdes et Turcomans.
(Source : AFP)

