Huit semaines étant prévues en tout pour l’émission, la saison une de « Splash », produite par Vanilla Productions et filmée à l’UL de Hadeth, arrive aujourd’hui à mi-chemin. Photo Ibci.com
« Nous nous attendions à ce que l’émission connaisse un succès, mais là j’avoue qu’il s’agit d’un succès hors norme qui dépasse toutes nos prévisions, explique Pierre Daher, PDG de la LBC. De plus, la plus grande part des téléspectateurs qui suivent Splash s’inscrivent dans la catégorie d’âge de ceux qui ont plus de 55 ans, et nous n’arrivons pas vraiment à comprendre pourquoi. » En effet, l’émission ciblant initialement les classes populaires et les jeunes, a séduit ces catégories, mais contre toute attente son plus grand succès s’est reflété auprès des seniors des milieux aisés, voire des plus nantis, selon les statistiques compilées par Ipsos. Et si Pierre Daher affirme avoir adopté Splash, « car les gens réclamaient une émission nouvelle, amusante, qui vende du rêve dans cette ambiance générale de dépression qui s’abat sur le pays », nous avons mené de notre côté une enquête pour tenter de cerner le phénomène.
Pourquoi suivez-vous « Splash » ?
« C’est jeune, c’est gai, et c’est agréable, répondait Claude (62 ans), à cette question. Ça nous change des programmes de variétés de chansons arabes. Et si l’on rate un épisode, ce n’est pas la galère. C’est une émission light, que l’on suit sans trop réfléchir. »
Pour Jean, son voisin de palier qui frise la cinquantaine, « Splash apporte du nouveau, et un vrai divertissement ». « Il est intéressant de voir des gens soumis à ce genre d’expériences, contraints de sauter d’une hauteur de dix mètres », disait-il, révélant avoir suivi la version française de l’émission sur TF1.
Même son de cloche du côté de Michelle (56 ans), qui a préféré la version française, mais suit Splash sur la LBC avec sa maman octogénaire. « Je ne raterai pas une sortie pour suivre l’émission, mais je n’ai généralement rien de mieux à faire un dimanche soir. Autant s’amuser », déclarait-t-elle, saluant les prestations aquatiques présentées par les danseurs durant le programme, « et qu’on ne voyait pas jusque-là au Liban ».
Outre ces arguments, récurrents chez la plupart des personnes sollicitées qui suivaient le programme, la peur de sauter, l’inventivité de l’émission, et l’amusement qu’elle suscite ont fait la quasi-unanimité, beaucoup de gens affirmant ne plus supporter les concours de chansons. Pour sa part, Joseph, sexagénaire, a refusé de voir dans l’émission un prétexte de nudité gratuite. « Nous sommes en 2013, merde ! Et ils ne vont quand même pas nager en veston-cravate. »
Des affirmations reprises par Pierre Daher, qui préfère ne pas associer la nudité perçue à la part d’audience record. « Ce n’est pas exactement de cette manière que cela fonctionne. C’est plutôt le fait de voir quelqu’un en maillot à la télé, chose nouvelle, et de voir les gens tels qu’ils sont ; avec leurs défauts physiques, leurs peurs, leur stress », explique-t-il. Et d’ajouter : « Splash a cassé certains tabous. Mis à part le fait qu’il instaure une culture du sport, il appelle aussi les gens à s’accepter comme ils sont, sans complexe. »
À la base, M. Daher aurait aimé recruter des personnalités politiques au sein de l’émission, une idée réminiscence du match de foot qui avait opposé certains d’entre eux en 2010. Mais finalement, c’est une tout autre équipe qui a assuré le show : de Salah Tizani (alias Abou Salim), âgé de 85 ans, jusqu’à Élie Massaad, chanteur comique qui n’a pas encore appris à nager, en passant par Arzé Chidiac, rendue célèbre par l’émission de blagues LOL. « Nous avons grandement altéré le concept original de Splash, qui était plus sérieux, confie M. Daher. Nous avons tenté de recruter des gens différents. Des athlètes mais aussi des chanteurs, des comédiens, des gens qui ne savent pas nager. Nous avons allongé la durée des spectacles aquatiques professionnels dans l’émission, car ils restent une nouveauté dans la région. Notre but ultime reste de divertir les Libanais, et de produire une émission cool et décontractée. » Et de conclure : « Splash ne prétend à rien d’autre. Il n’a pas à être pris trop au sérieux. »


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Ne rien prendre trop au sérieux dans ce pays , et loin de la politique , Splash a pu se venger et amuser les spectateurs . Antoine Sabbagha
17 h 36, le 08 juin 2013