Diaspora

« Ces Marseillais venus d’Orient », de Liliane Nasser

Parution Rencontre avec Liliane Nasser, d’origine libanaise, née au Sénégal (voir notre édition du 8 février 2013), auteur de l’ouvrage « Ces Marseillais venus d’Orient, l’immigration libanaise à Marseille aux XIXe et XXe siècles », aux éditions Karthala, à Paris.
03/06/2013
Dans l’ouvrage Ces Marseillais venus d’Orient, l’immigration libanaise à Marseille aux XIXe et XXe siècles, l’auteur, qui est chercheur associé à l’Unité TELEMME-MMSH (Temps, Espaces, Langages, Europe méridionale – Méditerranée) à l’université d’Aix-en-Provence, nous propose une découverte des Libanais et de leurs descendants à Marseille. Cette ville méditerranéenne portuaire, où transitèrent, en provenance du port de Beyrouth, des milliers d’émigrés libanais, est aussi une ville multiconfessionnelle où cohabitent les confessions chrétiennes (occidentales et orientales) et musulmanes, fruit des émigrations successives.
Voici une rencontre avec l’historienne Liliane Nasser, qui nous révèle ses découvertes.

Roverto Khatlab : Vous écrivez au début de votre livre : « Être originaire du Liban, naître au Sénégal et vivre à Marseille, c’est plus qu’un itinéraire, c’est une identité [...]. Elle ne découle pas d’un savant dosage entre ces trois références, elle émane de leur harmonisation, elle s’avère être à la fois une et multiple. Si ce cheminement individuel est à l’origine de ma recherche, il en est aussi le résultat. » Comment cette aventure a-t-elle commencé ?
Liliane Nasser : À l’origine de mes travaux d’historienne, il y a mes références familiales. Mon père était un véritable conteur, il nous faisait voyager entre les histoires de Jeha, le bouffon du roi Haroun al-Rachid, et celles de tous ces Libanais dispersés aux quatre coins du monde. De plus, mes parents accueillaient tous les étés un flot d’amis libanais, syriens, africains, arméniens et français...
Progressivement, j’ai réalisé que les personnes que j’avais côtoyées dans mon enfance, ma jeunesse et plus tard encore, après mai 68, s’inscrivaient dans l’histoire de l’immigration libanaise à Marseille. J’ai commencé par recueillir les souvenirs de mes parents, de leurs amis, de notre entourage. J’ai présenté mon DEA en 1987, puis il y a eu de longues interruptions liées au décès de mon père puis à celui de ma mère.
Pour le doctorat, j’ai interrogé quatre-vingt-deux personnes avec un canevas de thèmes à aborder, de questions ouvertes laissant place au discours subjectif et permettant de saisir les différents aspects de la vie de chaque témoin. Au cours des entretiens, chacun a découvert l’importance de son histoire personnelle, il a pu reconsidérer son identité à travers ce qu’il énonçait. Pour ma part, j’ai analysé la manière dont les itinéraires individuels prennent sens dans une trajectoire collective, comment ils façonnent l’histoire de l’immigration.

Quel est le nombre estimatif des Libanais à Marseille ?
L’immigration libanaise est peu nombreuse à Marseille. Les recensements de la population dans les Bouches-du-Rhône montrent qu’elle passe de 1 185 personnes en 1975, à 1 464 en 1982 puis 2 870 en 1990. Ces chiffres ne sont pas très fiables dans la mesure où de nombreuses personnes, comme moi par exemple, ont la double nationalité. Elle est également très diversifiée sur le plan des origines géographiques, sociales et confessionnelles. J’ai repéré dix confessions différentes, ainsi que des composantes implicites : les composantes arménienne et syrienne, le réseau informel que constituent les Libanais d’Afrique ou encore la génération étudiante des années 65-75, marquée par l’activité de l’Union générale des étudiants libanais en France (Ugelf).

Comment se répartissent-ils sur le plan professionnel ?
Les descendants de Libanais sont répartis dans tous les quartiers et dans diverses branches du secteur tertiaire : la fonction publique, les professions libérales, les entreprises artisanales, les entreprises de services, l’alimentation et la restauration. On pourrait dire qu’ils sont invisibles par rapport à d’autres mais ils comptent un certain nombre de réussites qui marquent l’histoire économique de Marseille, comme celle des Antoun dans l’hôtellerie, des Saman dans l’agroalimentaire, des Maouad dans le secteur de la santé et plus récemment des Saadé dans le secteur maritime.
L’immigration libanaise n’apparaît vraiment qu’au moment de la récente guerre du Liban, à cause du flot d’informations déversé par les médias mais aussi grâce aux actions de solidarité envers le pays. On peut dire que les générations les plus anciennement installées à Marseille ou sa région ont redécouvert leurs origines libanaises. La solidarité a dépassé certains clivages, elle s’est exercée à travers des associations ou des réseaux personnels.
Après la thèse, j’ai retravaillé le texte en vue d’une publication qui m’a demandé un énorme travail. Je voulais rendre mon texte plus accessible afin de rendre hommage publiquement à toutes les personnes qui m’ont accordé leur confiance en acceptant de témoigner.

La couverture du livre est une œuvre d’art.
Pour la couverture, je cherchais une image pour traduire à la fois l’enracinement et la partance. C’est le peintre Piotr Klemensiewicz, un artiste marseillais d’origine polonaise, un ami de longue date, qui m’a proposé ce tableau. J’ajoute enfin que le poète libanais Salah Stétié m’a fait l’honneur de préfacer mon ouvrage.

Cette page est réalisée en collaboration avec l’Association RJLiban.
E-mail : monde@rjliban.com – www.rjliban.com

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