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Moyen Orient et Monde

La réconciliation reste difficile entre Fateh et Hamas

Mohammad Ghannam montre des photos de ce qu’il dit être ses blessures, suite à son arrestation par le Fateh le mois dernier. Ammar Awad/Reuters

Mohammad Ghannam ouvre sa chemise pour montrer les ecchymoses sur sa poitrine. Ce muezzin de 44 ans dit avoir été arrêté le mois dernier par des agents de l’Autorité palestinienne. Motif de cette interpellation : son appartenance au Hamas. « Ils ne m’ont pas posé de questions. Ils m’ont seulement frappé très fort au visage et à la poitrine. Il m’ont cogné la tête encore et encore contre un mur de béton », écrit-il sur un calepin. Les coups l’ont privé de la parole. Surveillance, arrestations, fusillades, torture... Depuis que le Hamas s’est emparé de la bande de Gaza en juin 2007, l’Autorité palestinienne, dirigée par les laïcs du Fateh, ne prend pas de gants pour tenir les islamistes à l’écart de la vie publique en Cisjordanie. Les deux mouvements ont promis récemment de mettre leurs divergences de côté, de former un gouvernement d’union et d’adopter une position commune à l’égard d’Israël, mais le traitement qu’ils réservent aux militants de l’autre bord sur leurs territoires respectifs ne semble guère favorable à la réconciliation. Le Mouvement de la résistance islamique, proche des Frères musulmans désormais aux commandes de l’Égypte, reste voué à la destruction d’Israël, ce qui vaut depuis des années à la bande de Gaza et à son million d’habitants un blocus impitoyable. Des roquettes tirées de l’enclave s’abattent régulièrement en Israël et ont donné lieu à deux opérations majeures de Tsahal depuis 2008. La dernière en date, baptisée « Pilier de défense », remonte à novembre.

Torture
La Cisjordanie, où règne une Autorité palestinienne qui jouit du soutien de la communauté internationale, semble par contraste beaucoup plus vivable, à condition de ne pas appartenir au Hamas. Vingt-huit plaintes pour des actes de tortures imputés aux forces de l’ordre y ont été déposées en avril, selon la Commission indépendante pour les droits de l’homme. Pour 2012, le total s’élève à 312 plaintes, soit 200 de plus que l’année précédente. Elles visent pour la plupart des membres des instances chargées de la sécurité politique, qui sont tous issus du Fateh. Après la publication de ces chiffres, Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne et chef de file du mouvement, a signé un décret censé bannir la torture. Mohammad Jamil, directeur de l’Organisation arabe pour les droits de l’homme, parle d’une « entreprise systématique pour faire taire les voies politiques discordantes qui nuisent à la cohésion de la société palestinienne ». Les pays occidentaux qui financent et équipent les forces de l’ordre en Cisjordanie « portent une responsabilité morale », affirme-t-il. L’organisation a étudié le cas de 300 détenus arrêtés pour des motifs politiques et des raisons de sécurité au premier semestre 2012. Près de 20 % d’entre eux ont été torturés au cours de cette période et presque tous disent l’avoir été lors de précédents séjours derrière les barreaux. Le Fateh accuse lui aussi le Hamas de recourir largement à la torture contre ses militants, ce que dénoncent également les mouvements de défense des droits de l’homme.
Un ancien agent de la sécurité préventive de l’Autorité palestinienne dans une petite localité de Cisjordanie explique qu’un salaire mensuel était versé à une quarantaine d’indicateurs pour qu’ils surveillent mosquées, écoles, universités et même les cérémonies funéraires afin de rendre compte des activités du Hamas. « Qu’ils aillent au diable avec leur résistance et leurs roquettes qui ne font pas vraiment de mal en Israël. C’est juste un spectacle pour faire des adeptes (...) Mais nous savons que leurs armes sont pointées sur nous, qu’ils veulent prendre le pouvoir », assure-t-il. Le Fateh, mouvement fondé par Yasser Arafat, a longtemps régné sans partage sur la politique palestinienne. La mort de son chef historique, en 2004, et le mécontentement face à la corruption comme à la vacuité des négociations avec Israël sont toutefois venus à bout de cette hégémonie. En janvier 2006, c’est le Hamas qui s’est imposé aux élections législatives. La rivalité politique a très vite gagné le terrain militaire et la guerre civile, qui a conduit à la partition de 2007, a fait plusieurs centaines de morts. Entre autres exactions, les deux camps s’accusent d’exécutions sommaires qui continuent à alimenter les tensions. « S’ils tentent ce genre de coup d’État ici, en Cisjordanie, mon M16 est prêt. Je tirerai sans sommation », avertit l’agent de la sûreté.
(Source : Reuters)
Mohammad Ghannam ouvre sa chemise pour montrer les ecchymoses sur sa poitrine. Ce muezzin de 44 ans dit avoir été arrêté le mois dernier par des agents de l’Autorité palestinienne. Motif de cette interpellation : son appartenance au Hamas. « Ils ne m’ont pas posé de questions. Ils m’ont seulement frappé très fort au visage et à la poitrine. Il m’ont cogné la tête encore et encore contre un mur de béton », écrit-il sur un calepin. Les coups l’ont privé de la parole. Surveillance, arrestations, fusillades, torture... Depuis que le Hamas s’est emparé de la bande de Gaza en juin 2007, l’Autorité palestinienne, dirigée par les laïcs du Fateh, ne prend pas de gants pour tenir les islamistes à l’écart de la vie publique en Cisjordanie. Les deux mouvements ont promis récemment de mettre leurs divergences...
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